Michael Lambert
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Du temps et du changementPar Michael Lambert :: 02/02/2010 à 10:34 :: Général
De la nostalgie comme rapport triste au temps Pour les nostalgiques, le passé se donne à voir comme révolu, impassible, immuable. Pourtant le présent rend ce passé vivant car ce temps observé à distance est mis en branle par le moment en mouvement du temps de l'observateur, par ce présent déjà passé. Le passé alors appréhendé comme une suite ininterrompue de présents aussitôt dépassés, comme un fil tendu d'une origine inaccessible à une fin inatteignable, à travers un présent dont la seule tension peut être la trace d'une accroche de départ et d'un impact d'arrivée, soudaine fulgurance d'une finitude malgré l'infinité des temps inexplorés. Mais le présent est-il tendu ailleurs que dans cette métaphore du fil ? De l'optimisme comme rapport ouvert au temps Pour l'optimiste, le temps s'impose comme un courant, qu'il soit à remonter ou inexorablement emporté, qu'il coule d'une source à un océan, qu'il fuie rapide ou paresseux, moment précis d'un cycle ou passage inconnu d'une structure linéaire, temporaire ou englobante. Qu'importe si tout a un début et une fin, qu'importe si le temps tourne en rond sur lui-même, le présent, ce temps est un perpétuel changement. Rien ne demeure quand le temps passe et la métaphore de l'eau et du courant atteint sa limite puisque le temps n'a pas de rive pour l'homme emporté dans ses remous. Il n'y a pas de place pour l'homme d'où observer le temps sans y être immergé. Il ne reste à l'homme que les souvenirs à transmettre, la mémoire des mots, à commencer par le mot « temps » lui-même, pour passer le relais. Du changement comme mesure du temps humain Pessimisme et Optimisme, emportés avec la même force, puisqu'il reste la constance du changement, l'homme mesure la puissance du temps qui seul permet l'énergie de se projeter dans l'avenir. Poussé dans le dos, tantôt acculé, tantôt transporté, l'homme n'a d'autre alternative que d'avancer avec le temps. Le temps, donnée de base de l'homme, qui l'appréhendera s'il veut vivre ou qui finira englouti s'il ignore le potentiel de changement.
Le magistrat s'exhibePar Michael Lambert :: 20/10/2009 à 13:18 :: Poesie
Justice ! Justice !
Criait la foule Le magistrat Serein et poilu S'exhibait nu Où la vérité Aurait-elle pu se cacher ? Justice ! Justice ! Réclamait la foule Le magistrat sourit Je vous la rendrais volontiers Si un seul parmi vous En confiance Me l'avait donnée Justice ! Justice ! Fulminait la foule Le magistrat leur tourna le dos Et s'en fut Sans un mot Leur montrant son cul Un éléphant urbainPar Michael Lambert :: 29/07/2009 à 13:36 :: Nouvelles
Dès le début, ils m'ont fait rire. Inviter un éléphant en ville : quelle grande idée ! L'accueillir en fanfare, lui faire la fête et lui réserver une place de choix dans la cité ? Je ne me permettrais jamais de rire de ce projet s'ils n'étaient aussi inconscients, devrai-je dire naïfs ou aveugles ? Je suis en ville depuis de nombreux mois déjà. Ils ne le remarquent même pas. Un éléphant errant, libre et philosophe, en plein centre-ville et pas un seul citadin n'a encore fait attention à moi. Alors, je ris. Mais sont-ils capables de comprendre mon humour de pachyderme ? Quand je les ai connus, ils n'avaient pas de projet aussi ambitieux. Une résidence annuelle ? Non ! Tout au plus l'une ou l'autre invitation pour une inauguration de taille, pour un festival de cirque, pour amuser la galerie et les enfants. Et déjà, il leur était inimaginable que le soir venu, les lampions éteints de leurs tralalas, je pouvais ne pas rentrer chez moi et que je restais, d'abord les nuits, à hanter les rues, à visiter les lieux. Chez moi ? Mais où voudraient-ils que j'habite ? Dans un zoo ? Dans une cage ? Derrière des barreaux ? Quel tribunal aurait l'outrecuidance de prononcer pareille condamnation ? Non. Je suis un éléphant libre, curieux et moderne. Chez moi, c'est le cœur de la cité. Je veux vivre avec mon temps, là où tout se passe, où le monde bouge, où s'écrit l'histoire. Chez moi, c'est en ville. Je ne faisais aucun effort particulier pour être discret. A dire vrai, je n'avais pas envisagé qu'ils puissent ne pas remarquer mon installation. Il me fallut plusieurs jours pour comprendre que je passais inaperçu aux yeux des citadins. Apparemment, ils me confondaient avec le paysage. Je me fondais dans le gris du béton, silhouette invisible devant leurs immeubles. J'étais un éléphant perdu dans la masse critique de la ville. Pourtant, je suis imposant, je prends de la place sur les boulevards. Mais les urbains motorisés ont tellement l'habitude des ralentissements de circulation qu'ils ne remarquaient même pas la nature animale du responsable momentané de leur immobilisme routier. Face au trafic des heures de pointe, je ne faisais pas le poids. Les artères de la ville sont à ce point encombrées de voitures et de camions que l'éléphant que je suis en devenait invisible. J'ai provoqué de nombreux accidents. D'abord sans le vouloir. J'avais beau tenter de respecter le code de la route, la signalisation et les sens giratoires, je n'étais pas encore assez familier avec la notion de priorité du plus fort ou de pousse-toi-de-la-que-je-m'y-mette qui régule implicitement la circulation dans une grande agglomération. Je me suis donc parfois engagé sur la chaussée trop hardiment ou mal à propos, éraflant des carrosseries, enfonçant ici une aile ou là un pare-chocs. Ce qui immanquablement provoquait quelques accrochages à la chaîne. - Pouviez pas regarder ! - Mais bon sang ! Qu'est-ce qui vous a pris de freiner ? - Chauffard ! Et l'ambiance chauffait entre les automobilistes impliqués, trop tracassés par leurs tôles froissées pour prêter attention à l'éléphant qui les scrutait incrédule. Leur logique m'échappait. Alors, j'ai entamé mes expériences. Je commençais à maîtriser les subtilités du cortex d'un conducteur moyen. Je pouvais anticiper les erreurs qu'ils commettraient. Et je crois pouvoir affirmer, sans me vanter, que je suis l'auteur des plus mémorables carambolages qu'aient connu les boulevards périphériques de la ville, n'ayant a priori pas plus de capacité de nuisance qu'une camionnette de livraison ou qu'une mamy accrochée à son volant et à sa pédale de frein. Je ne jouais pas dans la même catégorie que les transporteurs routiers en transit, ni que les jeunes conducteurs fêtant leur permis de mettre en danger la vie des autres au volant d'un bolide. J'étais à peine différent du plus commun des quatre-fois-quatre urbains. Comme eux, j'étais responsable chaque jour de blessures infligées aux usagers doux, enfants, cyclistes inconscients et petite vieille au permis périmé. La routine sur les routes. Mais l'aberration de l'omniprésence automobile en ville n'était pas mon unique sujet de fascination dans mes tribulations citadines. La question du logement rythmait mon quotidien, partageant le lot d'un grand nombre de mes concitoyens. Bien sûr, il y avait quelques parcs en ville, des lieux à ma taille. Mais, il me semble vous l'avoir déjà dit, j'aime la modernité. Je voulais vivre dans des édifices façonnés de mains d'hommes. Or l'homme est petit et les habitants des villes souvent mesquins. Quelle idée saugrenue de s'entasser, à l'instar d'insectes, dans des tours dont la beauté extérieure n'a d'égale que l'idiotie de la petitesse des espaces intérieurs ! Comment un animal aussi important que l'homme peut-il se contenter de lieux de vie aussi réduits ? J'exècre l'horizon résigné des appartements auxquels je n'avais quasiment aucun accès, lui préférant la notion de loft qui me semble révéler, chez les humains qui en font leur habitat, une vision plus élevée de leur espace vital. Cependant, comme le bon sens citadin, les lofts sont rares et, je peux le dire en boutade, pas à la portée du premier pachyderme venu. Mon rêve consistait à trouver refuge dans un bâtiment public à ma mesure. Mais, là encore, l'homo urbanus est désespérant. Quand il bâtit des édifices publics suffisamment vastes, ils sont des cohortes à s'y ruer et s'y entasser invariablement, qui pour y réclamer des papiers, qui pour y remplir des sacs de futilités, rendant aussi inaccessibles ces lieux magnifiques qu'un trou de souris, qu'une galerie de blatte. Et le plus énorme des paradoxes veut qu'ils abandonnent précisément les appartements qui leur servent de trous à rats pour envahir et rendre invivables ces espaces publics dont chacun d'eux devrait pouvoir bénéficier pour s'épanouir. Enfin, la plupart du temps, ils abandonnent ces lieux la nuit pour les fermer à clés et les plonger dans l'obscurité, se privant, et votre serviteur par la même occasion, de la jouissance de ces espaces à notre mesure. Il restait bien une gare gigantesque dont les proportions me remplissaient d'aise. Malheureusement, les hommes sont lents à réaliser leur génie et la construction de cet édifice ventru traînait en longueur et le transformait, pour longtemps encore, en un chantier parsemé de grues, d'échafaudages et d'engins de travaux qui m'ôtaient tout plaisir à m'y ébrouer, comme si les humains s'évertuaient à accommoder leurs plus somptueux couchages de poils à gratter. Seules les salles de cinéma trouvaient grâce à mes yeux. J'y appréciais l'espace, l'inspiration et la quiétude que j'attends d'un ouvrage d'art moderne. Il faut dire que les citadins étaient peu nombreux à partager avec moi le goût des salles obscures. Je ne pouvais comprendre cette désaffection humaine pour la plus belle de leurs réalisations. Par la force des choses et l'incongruité de ma condition, je me retrouvais donc dans la situation de ces hommes et ces femmes exclus du confort des divers habitats urbains et contraints de vivre et dormir dans la rue. Personnellement, en tant qu'éléphant, j'ai grandi sans toit et je n'ai pas peur de la froideur des nuits à la belle étoile. Et, pour l'avouer franchement, j'ai la peau coriace. Mais ces êtres délicats que sont les hommes, comment concevoir qu'ils puissent être obligés de s'adapter et supporter les intempéries. Qu'un cerveau, à la puissance humaine, ne puisse trouver à la solution du logement que quelques morceaux de carton pour adoucir le bitume et la fraîcheur de l'air nocturne, voilà qui m'est difficilement compréhensible. Pire encore : cela dépasse l'entendement quand d'autres humains, ayant connaissance de l'existence d'habitations vides, passent leur chemin sans se rendre compte qu'ils ont, dans un coin de leur tête, une réponse à l'indigence physique et intellectuelle de ces crânes frères, hébétés, perdus et couchés dans la rue. Comment accepter l'existence de cette frange d'humanité réduite au sort du plus imbéciles des cloportes ? Comment le cortex humain peut-il, s'effacer au profit d'une carapace ? A la fois curieux et forcé de partager leur sort, je dormais donc avec ces hommes dans la rue. Hélas, pour notre infortune commune, j'ai le sommeil agité. Une nuit, pour m'être retourné sans conscience de ma corpulence, j'écrasai mon premier humain. J'étais affolé. Jamais je n'avais désiré la mort d'un spécimen de cette espèce à laquelle je voue une sincère passion, fut-il son représentant le plus misérable. J'étais prêt à payer pour ce crime. J'avais sans doute le statut de citadin clandestin mais, moralement, je me sentais solidaire des humains et prêts à partager leurs devoirs. Eléphant, certes, mais éléphant homicide. Lorsque mon acte funeste serait découvert, je ne me déroberais pas à la justice des hommes. Je voulais endosser l'entière responsabilité de mes actes. Nonobstant, plusieurs jours durant, le corps sans vie de ma malheureuse victime ne fut l'objet d'attention d'aucun de ses congénères. J'en étais bouleversé. Je m'agitais, tournais en rond, convaincu que mon manège finirait par être remarqué et, à travers moi, le cadavre du sans-abri. En vain. Je me résignais par moment, me contentant de veiller le corps sans vie. Je me pris à barrir seul dans la nuit, en hommage au défunt. Mes cris ne troublaient même pas le repos citadin, tantôt couverts par le bruit d'une sirène, tantôt par le passage d'un avion bas dans le ciel. Enfin, les services sociaux trouvèrent mon ami mort, firent appel à une entreprise de pompes funèbres et l'incinérèrent sans autre formalité, sans chercher à comprendre la cause de son décès et sans même un regard pour l'éléphant qui se lamentait. Pas un ne vit les larmes que je fus bien incapable de contenir lorsque les cendres furent dispersées par un petit matin gris. Quel être humain a jamais vu un pachyderme pleurer ? Ces fonctionnaires impassibles manquèrent cette occasion unique. Tout à leurs procédures, il n'y en eut pas un pour se rendre compte de ma présence. Le chagrin est-il si commun en ville qu'il en soit au point que se perdent dans la masse jusqu'aux larmes d'un éléphant ? J'étais inconsolable. J'étais seul. J'étais en colère. Pourraient-ils encore longtemps ignorer un éléphant ivre de fureur ? Je devins plus hargneux que jamais envers les véhicules. Et moi qui évitais jusqu'alors la foule et les lieux trop fréquentés pour laisser un passage à ma taille, j'errais à présent hagard dans les piétonniers du centre-ville, provoquant des bousculades au premier jour des soldes, à la sortie des bureaux ou des écoles. Et l'horreur inéluctable, ce que je n'avais pas prémédité, l'acte de défi que je ruminais, le méfait anti-humain le plus abject qui soit, advint. J'écrasai une petite fille. Ne croyez pas que je l'avais cherché. Certes, je voulais provoquer un incident, réveiller les consciences humaines, les obliger à arrêter leur course aveugle un instant. Mais pas au détriment de la vie d'une enfant. Bien que je me sois vite rendu compte qu'ils perdaient rapidement leurs illusions et cessaient de faire attention à moi de plus en plus jeunes, les rejetons humains entretenaient parfois encore l'espoir chez moi d'un rapprochement entre nos deux espèces. Quand il n'a pas encore à courir, à mentir, à travailler, l'être humain est capable d'un regard neuf, profond et généreux. Alors, nous pourrions nous entendre. Il me faudrait être patient car cette petite fille de sept ans ne m'avait pas vu venir. Egarée parmi la foule, ayant échappé à l'attention protectrice de ses parents, elle errait sans raison et sans défense et n'eut pas l'instinct de s'écarter lorsque je déboulai dans ma rage à bousculer ses semblables. Son corps gisait désarticulé sous mes pieds. Je restai, longtemps, hébété, sans bouger. Les rues de la ville se vidèrent aussi sûrement que les veines de ma victime sans que personne ne remarque le petit cadavre et son imposant assassin. Aucun parent ne passa, cherchant ou appelant son enfant. Je compris qu'il était trop tard pour elle. La seule chose que je pouvais encore lui éviter était l'incinération anonyme. Je l'emportai alors à bout de trompe et lui creusai de mes défenses une sépulture digne de son innocence au milieu du plus beau parc de la ville. Je rebouchai le trou, la veillai toute la nuit et revint au matin sur le lieu de mon crime pour affronter le monstre urbain et sa force d'indifférence. La vie citadine avait repris son cours. Seules quelques affichettes à l'effigie de ma petite victime fleurirent dans les vitrines, quelques sirènes de véhicules de polices passèrent, affolées et affolantes. Puis le silence pesant du brouhaha urbain effaça tout écho de la voix de l'enfant et de mes cris d'éléphant. L'hiver passa, rude. Il y eut une recrudescence d'accidents routiers meurtriers, quelques décès anodins d'indigents, des disparitions et trois autres tombes dans le parc du centre-ville. A ce jour, je suis toujours le seul à m'y recueillir. Alors, aujourd'hui, si je ris, vous me trouverez à juste titre cynique. Mais ce projet utopique qu'ont ces citadins d'accueillir un éléphant dans leur ville me fait frissonner de plaisir. J'ai hâte de voir arriver mon congénère, de lui offrir les clés de la cité. Qui sait ? A nous deux, nous parviendrons peut-être à bousculer les habitudes urbaines, à changer le visage de la vie en ville. S'il pouvait, pour sa part, ne pas passer inaperçu, nous ne ferions plus de victimes collatérales en vain. Je ris et je rêve, pour les habitants de cette ville, que nous écrasions ensemble quelques-unes unes de leurs certitudes. Nouvelle inspirée par le thème du projet "Un éléphant dans la ville" du Collectif du Lion - www.unelephantdanslaville.be Pachyderme PérilPar Michael Lambert :: 30/06/2009 à 17:24 :: Nouvelles
Le premier à entrer en ville fut un éléphant, signalé sur la principale voie d'accès au centre, un vendredi en fin d'après-midi, à l'heure de pointe. Il était sorti d'un bois de la périphérie et avançait d'un pas paisible au milieu de la chaussée. Les embarras de circulation furent à la hauteur de l'évènement, route barrée, trafic détourné. Mais le premier barrage dressé par les forces de l'ordre ne put arrêter le pachyderme. La police municipale, guère préparée à ce genre de situation, ne disposait pas des moyens matériels suffisants pour stopper un animal aussi imposant. Quand une brigade d'intervention spécialisée arriva enfin, l'éléphant broutait l'herbe d'un parc du centre ville. Les spécialistes l'anesthésièrent sans heurt d'une cartouche soporifique. Cependant, personne ne déplaça l'animal qui passa une nuit paisible dans ce parc. Aucun zoo, aucun cirque n'avait signalé la disparition d'un éléphant. Plus inquiétant et jamais vu de mémoire de spécialiste, la brigade animalière fut requise cette nuit-là pour maîtriser un troupeau de gazelles qui remontaient le long des quais du fleuve.
Les gazelles étaient entrées en ville plus discrètement que l'éléphant, remontant le cours de l'eau sans entraver la circulation automobile. Pourtant leur capture s'avéra plus difficile. Trop nombreuses pour être anesthésiées, trop peureuses pour se laisser approcher. Les autorités, soucieuses de contrôler le troupeau, décidèrent de les rabattre comme du gibier vers le parc du centre ville où gisait l'éléphant et qui fut en hâte clôturé pour empêcher les animaux de vaquer à leurs déambulations urbaines et inopportunes. L'opération fut longue et fastidieuse car il fallut toute la nuit, à la stupeur des habitants, bloquer le centre ville pour pousser le troupeau de gazelles effrayées du fleuve au parc clôturé, dans un mélange de cohue et d'improvisation.
Le lendemain matin, une foule conséquente s'agglutinait incrédule aux abords du parc pour apercevoir les animaux sauvages. Si, jusque là, la situation était restée plus ou moins sous contrôle, la panique gagna la ville tôt ce matin-là. Cinq rhinocéros firent leur apparition sur les grands boulevards où ils chargèrent plusieurs véhicules, éventrant les carrosseries, laissant des blessés derrière eux et semant l'effroi parmi la foule qui se dispersa, abandonnant les grandes artères aux rhinocéros agressifs. Les habitants se calfeutraient, fuyaient sans ordre aucun car la confusion avait gagné en intensité depuis qu'une bande de singes avait fait irruption dans le centre commercial de la cité. Des babouins, des chimpanzés par dizaines se bousculaient dans les allées, se lançaient diverses marchandises et dévoraient fruits et légumes des rayons frais. Les primates restèrent, dans un premier temps, indifférents aux humains qui les observaient, nombreux et bruyants autour d'eux, hormis quelques curieux qui tentèrent d'approcher leurs lointains cousins et quelques vigiles qui voulurent les chasser en vain. C'est l'arrivée de quelques beaux spécimens de gorilles qui provoqua la ruée humaine vers les sorties et le décès du premier citadin. Malheureux accident, un client périt sous les débris d'un rayon involontairement renversé par un imposant hominoïde.
A cette heure encore matinale, les autorités diffusèrent des appels au calme et donnèrent consigne à la population de rester enfermée chez elle. Personne n'envisageait encore sérieusement l'option d'une évacuation car un afflux de véhicules aurait gêné les forces de l'ordre qui tentaient de reprendre le contrôle des rues et de chasser les animaux qui se les étaient appropriées. Ainsi, les rares habitants qui décidèrent quand même de quitter la ville s'en retrouvèrent empêchés tantôt par des barrages de police, tantôt par des troupeaux de zèbres, de buffles et d'impalas qui cavalaient sur les boulevards périphériques et un groupe d'éléphants qui remontaient la voie rapide par laquelle était arrivé, la veille, le premier d'entre eux. Le pachyderme du parc, s'étant quant à lui relevé de son sommeil forcé, avait sans effort démoli les barrières de fortune censées transformer sa pelouse en enclos. Le troupeau de gazelles en profita pour s'égayer et reprendre sa migration urbaine à la recherche d'herbe et d'eau.
Les services de secours venaient à peine de rendre public le décès d'un client du centre commercial lorsque tomba la deuxième victime. Un policier qui tentait de dégager un automobiliste bloqué dans sa voiture fut piétiné par les derniers rhinocéros qui avaient échappé aux cartouches soporifiques de ses collègues animaliers. En haut lieu, plus personne ne savait comment gérer par les moyens habituels une telle dégradation de la situation et l'ordre fut donné d'abattre tous les animaux sauvages sans distinction. Certains agents s'en donnèrent à cœur joie, heureux de pouvoir faire un carton inattendu et venger un collègue, ouvrir le feu sur un chimpanzé et chasser le buffle. D'autres hésitèrent, était-il nécessaire d'abattre les girafes et les flamands roses qui s'étaient installés pacifiquement aux abords de la piscine municipale en plein air ? Comment tuer un éléphant avec son ordinaire arme de service ? Ne fallait-il pas envoyer l'armée en renfort pour se sortir de ce mauvais pas ? Cependant de nombreux animaux morts jonchaient déjà le sol et leurs cadavres attirèrent aussitôt de nouveaux visiteurs : des hordes de chacals se ruèrent sur les carcasses et se les disputèrent pour les dépecer. Des vautours se mirent à tournoyer de plus en plus nombreux au-dessus de la ville.
A midi, alors que la population retranchée à l'intérieur des habitations suivait à la télévision l'évolution chaotique de la situation, la balance des morts bascula en défaveur des hommes. Si les journalistes avaient pu rendre compte de la traque des policiers abattant le troupeau de gazelles sans défense, d'autres avaient signalé des gorilles et des babouins énervés qui s'étaient introduits dans des immeubles agressant leurs occupants et provoquant plusieurs décès, en particulier dans une résidence pour personnes âgées.
Rassembler les habitants les plus exposés dans des abris, barricader l'accès aux habitations et laisser la rue aux forces de l'ordre qui devaient ratisser la ville pour la débarrasser de ses encombrants visiteurs, telles étaient les grandes lignes de la stratégie humaine face à la menace animale. La réponse de la raison à la nature. Mais les cerveaux réunis des grands stratèges de l'administration des hommes n'avaient pu prévoir le pire. Il est un règne animal bien plus nombreux que l'espèce humaine, bien plus effrayants et dangereux. Lorsque des cohortes d'insectes apparurent dans chaque recoin de chaque immeuble de la ville, l'intelligence humaine ne fut plus d'aucun secours aux citadins. Des essaims de moustiques menaçants et de grosses mouches vertes empêchaient quiconque de respirer dans de nombreuses habitations. Des termites vinrent à bout de certaines boiseries en si peu de temps que plusieurs toitures s'effondrèrent avant que les occupants des habitations ainsi éventrées aient pu se mettre à l'abri. Des colonnes de fourmis rouges se répandirent dans les cuisines de la ville dévorant indistinctement nourriture inerte et proie vivante malencontreusement restée sur leur passage. Enfin, les araignées pourtant plus rares provoquèrent les dégâts les plus ravageurs, plusieurs décès dus à des crises cardiaques pour les impressionnables mais également les plus chanceux car de nombreuses victimes succombèrent de leurs morsures après plusieurs heures d'agonie et de souffrance, faute d'accès au soin, plus aucun médecin n'officiait dans l'hôpital principal de la ville envahi par les blattes. L'arachnophobie fut un facteur psychologique déterminant : tous les habitants, dans la même peur panique collective, se précipitèrent dans les rues, entraînant un chaos indescriptible. Cette marée humaine fuyant à pieds empêchait les services d'ordre de contrôler la situation. En certains lieux particulièrement exposés de la cité, des rhinocéros ou des buffles chargeaient la foule. Les humains qui en dernier recours avaient placé leur espoir de fuir dans leur automobile comme dernier rempart à la sauvagerie durent renoncer en découvrant des reptiles dans leurs véhicules. Quelques conducteurs firent des embardées provoquant accident, carambolages et paralysant toute circulation motorisée. Plus aucun véhicule de secours ne put donc circuler. Quelques policiers tiraient encore sur les bêtes puis renoncèrent quand le risque qu'une balle perdue n'atteigne la foule ne devint que trop évident. Plus aucune consigne ne leur parvenait et tous abandonnèrent leur poste dans un grand sauve-qui-peut général. C'est à ce moment que les grands fauves arrivèrent en ville, tous les habitants errant sans défense dans les rues comme autant de proies faciles. Personne ne put empêcher le festin des tigres, panthères et lions.
Au crépuscule, la civilisation avait perdu le contrôle de la cité. La nuit tomba et dans l'obscurité grandissante, les humains affolés découvrirent que la ville était sans électricité. Peu importait de savoir qui était responsables, des animaux qui avaient provoqué des courts-circuits ou des employés de la compagnie d'électricité qui avaient déserté leurs postes. Dans le noir, sans éclairage, dans le silence des appareils éteints, les humains se trouvaient sans défense, sans ressource, à la merci de la nature et effrayés par les cris dans la nuit des animaux sauvages.
Personne ne sut comment se mettre à l'abri. Les animaux, des fauves aux insectes, étaient partout. Les humains étaient devenus des proies, des bêtes en fuite, traquées, des êtres sans instinct ni logique qui se jetaient des étages des immeubles, qui se noyaient dans les étangs municipaux ou qui sautaient des ponts au bonheur des crocos. Certains parvinrent à fuir, en rampant, en courant à quatre pattes et en trouvant par hasard des trous pour échapper aux prédateurs nocturnes. Ceux qui survécurent avaient quitté la ville et trouvé à la campagne des coins de nature moins hostiles.
Au matin, la ville ne tremblait plus d'aucune activité humaine. Les animaux sauvages avaient pris possession des lieux, chacun s'installant dans le cadre le plus approprié. Le parc central devin le paradis des éléphants. Partout brousse, savane et plantes tropicales s'épanouirent et recouvrirent les décombres de la cité. Les pachydermes pouvaient enfin paître en paix. Nouvelle inspirée par le thème du projet "Un éléphant dans la ville" du Collectif du Lion - www.unelephantdanslaville.be Mes viesPar Michael Lambert :: 05/06/2009 à 15:54 :: Poesie
Ma vie m'intrigue Je pleure mes lubies Mes frustrations
m'exaspèrent Des journées pour lâcher
prise Besoin de source au soleil Ce matin les yeux ouverts J'étais l'indien Guarani au dos brisé comme les rêves de ses
ancêtres pour avoir récolté de la cane à sucre la sève qui coulera aujourd'hui dans le réservoir de vos
moteurs Ce soir je m'endors sans
image Je suis l'ouvrier sérésien décroché de ses cauchemars
d'acier par une émission de
télé-crochet Je verrai demain qui sera éliminé laissé pour compte des espoirs de vauriens Ma vie m'intrigue Le monde dans la tête Des besoins plein l'assiette Les lèvres aux bords du
verre Je rêve du bon usage des
restes Ce matin les yeux ouverts Je suis le dernier fils de
Sukakamo J'erre sans terre du massif de Tripa à Bandah
Aceh à la recherche du souffle qui relèvera en leur
sanctuaire les palmiers à huile de
Sumatra sacrifiés pour frigotartiner
votre beurre Ce soir je m'endors sans
image Je suis l'étudiant
camerounais au centre fermé de Merksplas je cherche du papier une déclaration des droits
de l'homme fatigué un code civil décoloré dans la nuit noire A votre examen du mensonge je rendrai une page blanche Ma vie m'intrigue Je suis le procrastinate Le rêveur d'avenir Qui se languit le jour Et se retourne la nuit Ce matin les yeux ouverts Je serai l'enfant mort de
Goma de Sake à Masisi d'où les
hommes fuient la paix ne passera pas Je serai la colère des
femmes quand leurs ventres
explosent dans les flammes des armes sous la lave du Nyiragongo Ce soir je m'endors sans
image J'étais le paysan de Barjac Je pulvérisais l'acide sur les fruits du Gard Mon nez a cessé de couler hôpital d'Alès, j'ai enfin
fermé les yeux thrombose en apothéose héritage à mes enfants
empoissonnés Ma vie m'intrigue Plus rien ne m'anime Que de rêves amers Quand mes semblables
s'abîment Et me regardent de travers Ce matin les yeux ouverts je m'endors sans image L'eau de mes mauxPar Michael Lambert :: 05/06/2009 à 15:53 :: Poesie
L'eau qui coule est un médicament La médecine de l'homme qui stagne Dont la source se meurt tarie Sur cette terre aride Je suis le ru, le ruisseau, la rivière Je suis l'eau qui percole, qui ruisselle Je suis le fleuve jusqu'à la mer Je suis l'infinie goutte dans le liquide originel L'eau profonde est un poison La ciguë de l'homme qui se meut Trop pressé pour s'émouvoir Condamné à la dernière goutte à boire Je suis le reflet de la flaque de pétrole Je suis la source qui retourne à la terre Je suis la souillure de la nappe aquifère Je suis l'eau morte dans la rigole L'eau limpide est dans mes vers De la soif de comprendre Qui coule dans mes veines La seule qui me désaltère SMart WarsPar Michael Lambert :: 14/05/2009 à 9:45 :: Poesie
S'endormir en attendant un ministre Des avantages de l'orateur assis Première image : l'ombre de ta main ouverte Ta voix se meurt comme un mollusque asséché L'artiste est au coeur d'une idée diffusée Les créateurs créent parce qu'ils veulent créer Les frontières n'existent que pour ceux qui en ont conscience Le temps se suspend, le ministre entre Le non-marchand n'a pas de pieds pour marcher A côté d'un ministre, on sourit en mi-teinte Combien j'ai donné ? Est-ce qu'on compte les cacahuètes ? Articuler des structures minimalistes, credo simpliste Castro ma non tropo, fidèle au fleuve Viens voir les maquilleuses, voir les habilleuses Qui a collaboré à la culture limitée ? Directeur : deux oies sur la tête, un ministre caquète Dans un élan, fier d'être un fer de lance La prospérité, je la devrai à ma popularité Comment ne pas mourir entre le ministre et le marteau ? Le concret s'est confondu dans le conceptuel Sortie du ministre, problème majeur peut sourire Clac clac signature du photographe Qui voit les mêmes images que moi ? Entre nos bouches et nos oreilles, il y a nos nez Je cherche l'intelligence des yeux qui brillent Et je n'entends plus la langue qui se lie Oreilles rassasiées, ma gorge réclame à boire Décloissonons, passons de la peinture au goulot Qui prendra le photographe en photo ? Clap clap muet, madame la ministre fait son entrée Artiste ? Ah ah ah ! qui me montre du doigt A cheval sur les locaux dans d'anciennes écuries La ministre attend, assise en amazone A l'artiste équilibriste d'enfourcher le cheval de bataille Madame la ministre venait écouter et a livré son bilan en conclusion Seule sous un spot, elle n'a pas échappé à l'oeil du photographe Porter cravate oblige à remercier ministres Porter la plume aide à les croquer Poids des mots, sa chaise en avant, patatra ! Une enceinte son me cache la bouche de l'orateur Mes oreilles n'entendent plus que l'image de ses doigts Opérateurs de terrain, sa main mime une araignée Des mots enfermés dans une poigne serrée Couper le cou aux canards et tordre les bavards A l'ère du multi, à l'ère de l'inter, à l'aide ! Devant l'écran, petit homme bleu aux cheveux blancs L'associatif émerge de si loin, on n'y voit rien Les chiffres deviennent abstraits après abondance de lettres Les champs ont du sens, c'est élémentaire La chercheuse en icône écoute le professeur en écho Le bonheur est une mitraillette sur tes genoux SMart Wars : la salle noire et le retour de l'érudit Slide Tout l'art consiste à dénicher des gissements de créativité Quand on se parle, il y a des ponts qui se perdent Du passé, construisons de nouvelles tables [5 mai 09 - Colloque sur le statut de l'artiste - SMart - Liège] RachmaninovPar Michael Lambert :: 25/02/2009 à 15:47 :: Poesie
Ici et ailleurs Cerveau hors de ma tête Souffle d'un homme Me voici vent voyageur Quand le cor sonne Au-delà des mots Je raisonne L'archet se promène Cloué au dos Que mon corps emmène Midi musical Après l'apéro Nourriture éphémère Digestion crépusculaire Vers le minuit final Pirates Corsaires A l'abordage Musique sur la mer Passe en un présage Incompréhensible Rôle du chef Signe de la main Ensemble insubmersible Au coeur de la nef Je t'aimePar Michael Lambert :: 25/02/2009 à 15:46 :: Poesie
Je t'aime. Je t'aime. Je t'aime. Ah ! Je t'aime à m'en écorcher la voix. Je t'aime mais je ne pourrais jamais le répéter six milliards de fois. Je t'aime. Je l'écris. Je t'aime. Je me relis. Je t'aime. Je te le dis. Je t'aime. Je me répète. Je t'aime. M'entends-tu ? Je t'aime. Comment le murmurer au creux de six milliards d'oreilles ouvertes ? Je t'aime. Je t'aime. Je voudrais six milliards de vies pour entendre la réponse de chacun d'entre vous. Je t'aime. Observer le reflet de mes mots dans vos yeux. Je t'aime. Vos paroles en retour. Je t'aime. Je peux l'écrire. Je t'aime à l'infini si je me copie. Mes Je t'aime reproduits. Le thème est à la hauteur du premiers des best sellers. Je t'aime. Je te dis tu comme je te dis tu à toi aussi et à toi aussi. Je t'aime. Je dis tu à chacun d'entre vous. Je m'adresse à chacun d'entre vous en particulier. Je m'adresse à toi. Je t'aime. Je m'adresse à toi. Je t'aime. A toi. Je t'aime. Prendre un versPar Michael Lambert :: 25/02/2009 à 15:44 :: Poesie
Refaire le monde Encore Mais il est Complètement fait Le monde Fait Et refait Soudain Toutes mes idées S'étaient envolées Pas un mot Juste envie De pleurer Histoire potablePar Michael Lambert :: 25/02/2009 à 15:42 :: Humeur
C'est l'histoire d'un pays où chaque habitation est raccordée à l'eau courante. C'est l'histoire d'un pays où chaque habitant peut choisir de consommer l'eau courante ou l'eau embouteillée. C'est l'histoire d'un pays où les sociétés d'embouteillage de l'eau potable ont accès, elles aussi, à l'eau courante. C'est l'histoire d'un pays où les sociétés d'embouteillage embouteillent l'eau courante pour la revendre au prix de l'eau embouteillée. C'est l'histoire d'un pays où les habitants font le choix d'acheter cette eau courante embouteillée plus chère que cette même eau sortant de leur robinet. C'est l'histoire d'un pays où l'eau courante a tellement été embouteillée qu'elle se met à manquer au robinet. C'est l'histoire d'un pays où chaque habitation a accès à l'eau embouteillée pour remplacer l'eau courante qui ne coule plus des robinets. C'est l'histoire d'un pays où chaque habitant a le choix de consommer de l'eau embouteillée ou de ne plus boire d'eau, de ne plus cuire ses légumes, de ne plus se laver, de ne plus remplir la piscine ou de ne plus tirer la chasse d'eau. C'est l'histoire d'un pays où les chasses d'eau sont remplies avec de l'eau embouteillée. AvecPar Michael Lambert :: 21/02/2009 à 23:39 :: Poesie
Une journée avec toi. Je propose une journée, mon amour, une journée avec toi, une journée avec mon amour, mon amour pour toi. Une journée avec nos Je t'aime. Je t'aime, mon amour. Je t'aime. Je t'aime. Je t'aime. Je propose une journée à répéter nos Je t'aime, à savourer nos Je t'aime, à crier nos Je t'aime, à les jeter sans réfléchir, à les accumuler avec générosité, à les offrir au monde entier. Je t'aime, mon amour. Je t'aime, le monde. J'aime le monde entier. Je t'aime, toi. Et toi. Et toi. Et toi. Une journée à clamer mes Je t'aime sur les toits, dans les jardins, les cours et les ruelles, sur les avenues, les boulevards, les grands-places, dans les parcs, les buissons, les forêts, sur les fleuves, les lacs, les océans. Je t'aime partout, tout le temps. Je t'aime, toi qui passe. Je t'aime à tous les passants. Je t'aime, mon amour. Je propose une journée avec toi, une journée avec toi à dire Je t'aime au monde entier. Un journée à t'aimer. Une journée à aimer le monde entier comme je t'aime. Une journée à t'aimer comme j'aime le monde entier. Une journée sans cesse à recommencer. Je propose de commencer chaque journée par Je t'aime. Chaque journée, mon amour. Je t'aime. Chaque journée, le monde entier. Je t'aime. Je t'aime. Je t'aime. Avec. Une journée avec nos Je t'aime. Faire-partPar Michael Lambert :: 21/02/2009 à 23:10 :: Humeur
Les bus électriques flambant neuf de la TEC, Les fleurs, pelouses, arbres et arbustes du Jardin Botanique, des Parcs d'Avroy et de la Boverie, Tous les enfants des classes maternelles et primaires des écoles de la Ville, Le Club des cyclistes courageux, leurs membres fatigués, téméraires, honoraires et encore verts, Quelques vieux chevelus rêveurs en chemises à carreaux, Tous les chats, les chiens et les milliers de pigeons, Tous les bobos, rigolos et écolos, Leurs enfants et petits-enfants, Sont heureux de vous annoncer la naissance de la Nouvelle Politique Energétique de la Ville de Liège Née ce 2 juin 2023 dans la clinique passive de la Citadelle où malgré un passage en couveuse solaire l'enfant se porte bien. Tous risques de dégradation de son état de santé dus à ses allergies au CO2 et particules fines sont écartés depuis que le trafic est interdit en centre-ville. Visites possible grâce aux bus 70-71-72-73-74-75-76-77-78-79 depuis les nombreux parkings de délestage de la ville. Liste de naissance chez tous les bons maraîchers bios, les vendeurs de vélos et les danseurs de tangos. Idéalisme chroniquePar Michael Lambert :: 21/02/2009 à 23:07 :: Humeur
Faut-il, oui ou non, interdire la publicité sur les chaînes publiques ? En voilà une belle question, bien posée, dans l'air du temps. Avec un fifrelin de provocation. D'aucuns la trouveraient visionnaire. Ca ne coûte rien de poser une question mais ça peut rapporter gros. Tout est dans le poids des mots. Pourquoi les chaînes publiques ? Pourquoi ne pas interdire la publicité tout court ? Stupide question, mal posée, manichéenne et qui peut coûter cher, à une côte de popularité, à une kyrielle d'actionnaires. Et qui prendrait le risque de jeter une flopée de publicistes au chômage, de peur qu'ils ne mordent la main qui les a si longtemps nourrit ? C'est qu'ils ont de l'efficacité à revendre les bougres quand il s'agit de faire passer un message. Faut-il, oui ou non, interdire la publicité sur les chaînes publiques ? Et si c'était un publiciste qui avait inventé cette question ? S'il l'avait glissée à l'oreille de son patron ? Message simple, brouillant efficacement des enjeux complexes. Très flatteur au tableau de chasse d'une agence de pub. Où comment mettre en scène la menace de s'amputer le bras gauche pour détourner l'attention de l'injection d'anabolisants dans son bras droit. Pas terrible comme formule, pas efficace comme slogan. Et s'il fallait engager un publiciste pour résumer cette chronique en un slogan, pour la rendre médiatiquement pertinente ? Une pub anti-pub en quelque sorte. Faut-il, oui ou non, interdire les chroniques dans la presse d'opinion ? Question mal posée : y a-t-il encore une presse d'opinion ? Et s'il fallait, en définitive, engager un publiciste pour vendre l'idée d'une interdiction totale de la publicité tout court ? Idéalisme chronique.
J'ai le tempsPar Michael Lambert :: 10/01/2009 à 11:04 :: Poesie
J'ai le temps. Tu as le temps. Elle aime le temps. Nous, nosotros, vosotros. They've got the time. Nous savons le temps. Tout le temps. All the time. Todo el tiempo. Le temps haut. Le temps bas. Tout le temps d'ici-bas, les temps de là-haut. Everywhere. Aqui y ahora. Nous avons le temps maintenant. All the time. Todo el tiempo. L'infini du temps de maintenant. Vous avez les mains dans le temps de maintenant. Les mains, vos mains, leurs mains pour tenir le temps de maintenant. Vous tenez le temps. In your hands. La mano en el tiempo. La main dans le temps. Ils tiennent. Elles se tiennent la main dans le temps de maintenant. All the time. Todo el tiempo. Elles tiennent le temps. Elle tendent les mains. Pour qu'ils prennent le temps. Qu'ils prennent leurs mains dans le temps de maintenant. Their hands, their body, their soul. Qu'ils prennnent leurs mains, leur corps, leur âme dans le temps de maintenant. Aqui y ahora. Je prends ta main. Je prends le temps dans ta main, ici et maintenant. Le temps nous prend dans sa main. All the time. Todo el tiempo. Tout le temps nous prend dans sa main, dans son corps, dans son âme. Le temps nous prend dans son âme maintenant. Le temps nous aime. Il love you. Le temps, mon amour. Te quiero. Le temps tranquille. Le temps qui ne passe plus. All the time. Todo el tiempo. Tout le temps qui ne passe plus à nous aimer. Le temps de maintenant à nous aimer. Il love you. J'aime le temps. Te quiero. Mon amour, le temps. Now. Aqui y ahora. J'ai, tu as, elle a, nous avons, vous avez, elles ont tout le temps de maintenant. All the time. Todo el tiempo. Le temps de maintenant qui est à nous. Le temps de maintenant qui est amour.
Poésie en cartonsPar Michael Lambert :: 19/12/2008 à 23:31 :: Poesie
Mécanique des morts
Mes moi mes mots Hommage ô mage Je me croyais un homme Je portais haut le chocolat chaud Il fait toujours froid en mai L'hiver est un sommeil nécessaire Nous me traversons Tous se taisent Et je laisse ma voix de côté Le poète dévisage l'objectif De quelle pellicule se moque-t-on ? Tu habites ma photo Je veux ta maison Bas les masques Ô les mots Éclat froid du flash dans la vitre Le portrait se tait A Liège on papote Paroles à pirater [Au Fram, soirée d'hommage à Jacques Izoard, vendredi 19 décembre 2008] Un jour sansPar Michael Lambert :: 24/11/2008 à 16:20 :: Poesie
Je propose une journée sans colère. Je propose, vous fâchez pas, je dépose à vos pieds, vous prenez, vous prenez pas, vous shootez dedans ou vous vous asseyez là. Je dépose mes colères à vos pieds et je les laisse là, dès fois que vous seriez tenté d'en faire autant, de laisser les vôtres en tas. Je propose de se débarrasser d'un tas de colères, d'un petit tas, d'un gros tas, de colère en vrac, de colère en sus, de colère en trop. Je propose sans préciser la quantité de colère dont se délester. Je propose, vous fâchez pas, chacun son quota, chacun à sa guise, chacun son tas. Je propose des tas de colères à nos pieds, vous en faites ce que vous voulez, un grand feu, un autodafé, un brasier de joie, de nos colères en cendres à piétiner, de grands bonds par delà les flammes, de sarabandes, de sabbats, de farandoles autour de nos colères consumées. Je propose des tas où s'asseoir là. Enfin, je propose là mais vous entendez là, vous fâchez pas, ou las. Vous entendez comme vous voulez, las ou libéré, assis en rond à fumer le calumet aux pieds de nos colères. Je propose de fumer mais vous fumez ou vous fumez pas. Chacun fait comme il peut pour se donner une contenance quand nos colères sont là en offrande à nos pieds. Je propose de s'asseoir au coin du feu, pour veiller nos colères, se souvenir de nos colères, pour chanter nos colères, oublier nos colères, pour rire de nos colères, pour les pleurer, les entendre crépiter, mourir, moisir, se moquer, disparaître dans la nuit. Je propose la nuit mais vous choisissez disparaître dans le petit matin, c'est comme vous voulez, s'envoler en fumée. Je propose de déposer nos colères en tas de fumée. Je propose de laisser nos colères s'envoler. Enfin, je propose, vous fâchez pas, chacun choisit que faire de ses colères. Je propose une journée sans jugement. Enfin, je propose une journée sans haine, sans rancune, sans vengeance. Je propose, je propose une journée sans peur, une journée sans tristesse, sans désespoir, sans violence, sans anxiété, sans agacement, une journée sans. Enfin, je propose. Waremme 14-11-08Par Michael Lambert :: 22/11/2008 à 11:33 :: Glanage
C'est tout textes inédits, ça. Ils viennent de les créer. Textes suspendus dans le noir. Le lecteur se reflète dans la vitre. Tu les as obligé à écrire ? Je n'oblige personne. J'invite. A écrire. Entouré des oeuvres de Luc Navet. A la vie, à la mort. Mais j'ai plusieurs idées, moi. Ca tombe bien, j'ai plusieurs papiers. Dans les bras, le chien est à hauteur d'œuvres. Qu'a vu le canin ? La mort c'est la vie à l'envers. La vie c'est la mort à l'endroit. Le bonheur c'est tout un chemin. On ne peut écrire qu'un mot ou 'dernières paroles' c'est au pluriel ? Je vais réfléchir. J'ai écrit sur mes étiquettes à confiture. Coin coin. Confiture de coing. Il y a une force dans ces textes, une évidence du quotidien. Comment mettre des dessins là-dedans ? Tu peux mettre : 'la vie c'est quand je reste dans mon lit, la mort c'est quand j'en sors'. Silence recueilli quand j'arrive. Vous parlez l'espagnol ? Voilà des gens, on peut leur donner un verre. Ce n'est que du jus d'orange. Pas du pastis. Dis, t'es vraiment magnifique, toi. Christophe vient d'entrer. Cravate élégante et chemise noire. Nous sommes entre nous. Avec une présence remarquée et remarquable. Les personnes âgées, elles sont comme les enfants. Elles ont besoin de connaître les gens. Je suis pas encore morte, c'est fou. Allez, cool ! Chacun a écrit son petit carton, déposé dans l'urne. Mais peu osent se lancer. A écrire sur les murs. Il reste les chips et le vin. Pour se donner une contenance. Pour tourner en rond. Je reprendrais bien un verre. [Soirée de clôture de la quinzaine 'A la vie, à la mort' - organisée par le SLAP à l'Espace Laïcité de Waremme - paroles de participants glanées et mises en mots 'en direct'] Au fil de la viePar Michael Lambert :: 09/11/2008 à 10:39 :: Poesie
A la tête du tronc
Du grand sommeil Jacqueline au soleil Trouve son inspiration L'automne endort mon corps Vivement la sieste de l'hiver Un soupir un regard Emmanuelle cherche ses mots De la mort du hasard Que dire à propos A mes côtés Un chien ronfle En espagnol le mot de la fin Pour dans l'intimité Partager nos espoirs nos chagrins Y tu vida de muerte Nos mots nos vies nos morts Comme ces cadavres exquis (Waremme - 8 novembre 08 - atelier d'écriture parmi les oeuvres de Luc Navet - dans le cadre de la quinzaine 'A la vie, à la mort' - une initiative du Service Laïque d'Aide aux Personnes) Petite logique poétiquePar Michael Lambert :: 09/11/2008 à 10:36 :: Poesie
Si mes aïeux révaient de conserve Si mes parents se sont mis en boîte Si je suis alumino-dépendant Mes enfants sont prêts Pour la dictature des ouvre-boîtes |
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