Michael Lambert

Michael LambertQuelques instantanés de mes carnets d'écriture. Nouvelles, humeurs, poésies sorties du four à destination de lecteurs gourmands et curieux. Recette expérimentale, suggestions bienvenues.

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Par Michael Lambert :: 16/08/2012 à 0:46 :: Général
Puisque Zeblog c'est fini, retrouvez-moi sur http://michaelaveclesourire.wordpress.com/

Buiten, quand j'ai démissionné, j'ai embrassé ma femme et ma fille (extrait)

Par Michael Lambert :: 14/07/2012 à 2:29 :: Theatre



Il paraît que je ne dois pas me plaindre. J'ai un salaire en or et de nombreux congés payés. Je ne dois pas me plaindre, vous rêvez peut-être de prendre ma place. Je contrôle les erreurs dans une grande boîte. Aucune raison de me plaindre, c'est un boulot facile. Je contrôle les erreurs des employés. Aucune raison de me plaindre, je n'ai rien à faire. J'observe et dès que je constate une erreur, je transmets. Je transmets à la direction et ce n'est plus moi qui décide. Je transmets les erreurs des employés et la direction les vire. Buiten. Une erreur, buiten. Je transmets, buiten. La direction ne supporte pas les erreurs. C'est leur choix, je ne dois pas me plaindre. Je n'ai rien à dire. Je transmets. Buiten. C'est mon rôle. Buiten. Une erreur. Buiten.


Il paraît que je ne dois pas me plaindre, j'ai un salaire en or, de nombreux congés payés et personne ne me contrôle. Ce n'est pas un boulot difficile. Tout le monde sait à quoi s'en tenir. Alors, je ne vois pas passer beaucoup d'erreurs. La politique de la direction est claire. Mon rôle est clair. L'esprit de la boîte est clair. Transparent. Une erreur. Buiten. Les employés sont au courant alors ils font leur job correctement. Ils en sont conscients : une erreur, je transmets et buiten.


Bien sûr, je ne suis pas infaillible. Je ne vois pas toutes les erreurs. Je ne suis pas insensible. Parfois, je ferme les yeux. J'ai ma conscience. Je ne dois pas me plaindre. Le salaire en or. Les congés payés. Ce n'est pas moi qui décide mais je ne suis pas dupe. Je transmets et c'est du pareil au même. Buiten. Alors, je ferme les yeux bien plus souvent que je ne transmets. Je ne dois pas me plaindre mais l'erreur est humaine. C'est peut-être la direction qui décide mais c'est moi qui transmets. Alors, je transmets peu. Aucune raison de me plaindre, je suis bien payé pour transmettre peu.


Les employés ne sont pas dupes. Est-ce qu'ils m'en sont gré ? Comment savoir ? Ils me parlent peu. Je transmets peu. Ça soulage ma conscience. En retour, ils commettent moins d'erreurs et, à leur tour, ils soulagent ma conscience.


Est-ce que la direction est dupe ? Ils ne veulent pas d'erreur. Je contrôle et leurs employés commettent moins d'erreurs. Je transmets et c'est une source d'erreurs en moins. Je ne transmets pas et c'est un employé consciencieux en plus. Personne n'est dupe. Je ne contrôle pas. Je sers à les décharger de leur mauvaise conscience.


Est-ce que j'étais dupe ? Depuis le début, je savais que je devrais répondre à quelques questions. Jusqu'où peut-on acheter ? Y a-t-il une partie de moi qui n'est pas à vendre. Quel est le prix de ma conscience ? J'allais devoir me frotter aux petits caractères indéchiffrables en bas de mon contrat. Je ne laisserais pas un autre en décider à ma place. Et vous ? Quelles seront vos conditions de vente ?


Il paraît que vous ne devrez pas vous plaindre. Elle est bien payée leur mauvaise conscience. Je ne dois pas me plaindre mais c'est une insulte à mon intelligence. Et insulter mon intelligence, ça finit par être hors de prix. Alors, j'ai transmis l'erreur à ne pas transmettre.


Monsieur Van Dael, réceptionniste, a commis une erreur. J'ai transmis. Buiten monsieur Van Dael. Monsieur Van Dael, simple réceptionniste, a commis une erreur parce que monsieur Grosjean, responsable de la réception, a commis une erreur. J'ai transmis. Buiten monsieur Grosjean. Or il s'avère que Monsieur Grosjean a commis une erreur par ce que madame Vervinckt, attachée commerciale, a commis une erreur. J'ai transmis. Buiten madame Vervinckt. J'ai transmis l'erreur à ne pas transmettre. L'erreur à la chaîne. Madame Vervinckt, attachée commerciale, a commis une erreur parce que monsieur Devos, responsable du service commercial, a commis une erreur. Monsieur Devos, responsable du service commercial, a commis une erreur parce que monsieur Devrindt, agent de production, a commis une erreur. Monsieur Devrindt, agent de production, a commis une erreur parce que madame Sénéchal, responsable de production, a commis une erreur. Madame Sénéchal, responsable de production, a commis une erreur parce que monsieur Backelar, responsable stratégique, a commis une erreur. Monsieur Backelar, responsable stratégique, a commis une erreur parce que monsieur Bertrand, administrateur délégué, a commis une erreur. Monsieur Bertrand a commis une erreur parce que monsieur Devillers-Larochelle, président-directeur général, a commis une erreur. J'ai transmis. J'ai transmis. J'ai transmis. Buiten monsieur Devos. J'ai transmis. Buiten monsieur Devriendt. J'ai transmis. Buiten madame Sénéchal. J'ai transmis. Buiten monsieur Backelar. J'ai transmis. Buiten... Non. Pas buiten monsieur Bertrand. Pas buiten monsieur l'administrateur délégué. J'ai transmis l'erreur de monsieur Bertrand, administrateur délégué, à la direction. L'administrateur délégué, c'est la direction. Pas buiten la direction. Alors je n'ai pas transmis l'erreur de monsieur Devillers-Larochelle. J'ai commis une erreur, je n'ai pas transmis l'erreur du président-directeur général. Je n'ai pas transmis l'erreur de celui qui se payait une bonne conscience, pour un salaire en or et des congés payés, l'erreur de celui qui voulait acheter mon intelligence. J'ai commis une erreur. Et j'ai transmis mon erreur. Buiten.


Vous allez peut-être prendre ma place. Je ne dois pas vous plaindre. Qu'allez-vous faire à ma place ? Je ne vous aurai pas prévenu. Buiten. Je vous aurai juste raconté une histoire.


Quand je suis rentré du boulot, j'ai embrassé ma femme et ma fille.

J'ai démissionné, j'ai dit.

Mésanges

Par Michael Lambert :: 02/05/2012 à 0:26 :: Poesie


M. observe deux mésanges derrière le miroir d'une fenêtre. Il voudrait y voir une image. M. cherche les mots qui toucheraient tous ceux qui observent deux mésanges au travers d'une fenêtre. Il voudrait y voir un reflet de la fidélité.


Chaque année, chaque jour, le couple est au rendez-vous pour le même ballet , petits gestes quotidiens, chants, provisions de graines et envol au loin.


M. craint les comparaisons. Il s'observe en train de décrire son observation. Il a la conscience tranquille de n'avoir rien de plus à écrire que ce que ressentent tous ceux qui observent deux mésanges.


M. voudrait ne pas paraitre mystique lorsqu'il voit son couple à travers les oiseaux.


M. aime penser que la vie rime. Il n'ose écrire les mots si semblables, si fidèles, pareils à la vie qui lui permet d'observer son couple par la fenêtre. Il voudrait écrire les mots qui riment sans sembler mystérieux à tous ceux qui observent deux mésanges.


M. observe les oiseaux. Il voit la vie fidèle au rendez-vous. M. pense « mes anges ». Il rougit de l'avoir écrit.


M. observe un rouge-gorge.


En regardant Milton danser

Par Michael Lambert :: 26/04/2012 à 0:45 :: Nouvelles


Maman ? Milton a tourné la tête, son corps a suivi. Un tour sur lui-même mais sa mère n'a pas répondu. À neuf ans et demi, Milton n'a encore jamais rêvé qu'il perdait ses parents. Aujourd'hui dans ce supermarché, il rêvassait, guidé par son corps qui dansait dans les rayons. Seule la musique d'ambiance l'accompagnait. Sa mère avait disparu. Maman ? Milton qui n'a jamais rêvé d'abandon se souvient qu'il y a déjà pensé en haussant les épaules, il a neuf ans et demi, il est capable de se débrouiller pour rentrer. Il n'avait pas anticipé cette accélération de son, ses jambes qui tremblent, son ventre qui s'emballe. Maman ? Un poids sur ses épaules qu'il ne s'explique pas. Il ne reconnaît pas l'endroit où il se trouve. La musique lui rappelle des rythmes, des sons connus mais autour de lui il n'entend que l'écho d'une langue étrangère, il ne comprend aucune parole. Soudain, il se voit entouré de marionnettes muettes. Maman ? Il veut poser des questions. Où se trouve-t-il ? Comment retrouver son chemin ? Des mots étranges lui reviennent en retour. Il voit les lèvres des personnes attroupées articuler des sons bizarres. Il perçoit des mimiques. Des gestes ponctuent ce charabia, une incompréhension qui ne s'exprime pas. Maman ? L'angoisse crée une bulle qui l'isole au milieu des gens. Milton veut de l'espace. Quand la parole ne signifie plus rien, la réalité n'a plus le même sens. Il y a un passage entre les deux mondes où tout se fige. Il y a un silence où seul le corps existe. Milton court. Milton s'échappe. Milton sort de la grande surface. Rien ne ressemble à ce qu'il espérait. Maman ? Milton n'est plus seul. Il fait face à une réalité nouvelle. Un monde transformé où il faudra se mouvoir, trouver un sens et se repérer. La sortie est une nouvelle entrée. L'atmosphère sonore a une étrangeté à apprivoiser. Milton n'a plus que ses sens et son corps. Muet en pays étranger.


Je m'appelle Milton. Je n'ai jamais été abandonné par ma mère dans un supermarché à neuf ans et demi. Je m'appelle Milton. J'ai 36 ans et je vais mourir. Ce n'est plus moi qui commande à mon corps, c'est un autre qui tire les ficelles. J'ai perdu la parole. Dans les ruines de mon monde, je ne dirige plus que des idées dans ma tête. J'ai besoin d'un interprète. J'ai abandonné un enfant de neuf ans et demi dans un pays étranger pour me libérer de ma paralysie, pour me réinventer un avenir où je pourrais bouger. Au diable les mots ! Il n'y aurait personne pour entendre si j'avais encore la faculté d'appeler à l'aide. J'ai perdu ma mère depuis longtemps, pas la nostalgie d'être materné. Maman ? Il y a des mots dans ma tête aujourd'hui qui rebondissent et existent ailleurs, qui se traduisent en gestes dans la vie de Milton, neuf ans et demi.


Milton a couru longtemps dans des rues inconnues. Quand il est devenu clair pour lui qu'il n'avait plus de repère, qu'il était perdu dans un lieu inédit, il a ralenti. Son regard s'est arrêté. Des passants le croisaient. Plus de foule autour de lui. Un enfant, de quelques années à peine plus âgé, l'observait. Milton a hoché la tête. L'inconnu a hoché la tête. Milton a tenté un geste de la main. L'autre a répondu d'un geste de la main. Milton a marché vers lui. L'autre s'est avancé. Milton s'est arrêté à deux pas de son vis-à-vis qui a légèrement reculé. Comme un miroir complexe qui aurait besoin d'un léger temps de réflexion pour ajuster son reflet. Milton lève sa main, se frappe la poitrine et prononce son premier mot : Milton ! L'autre lève sa main, se frappe la poitrine et prononce en écho un son sans forme qui sonne comme : Ohoo ! Milton lève un doigt et le tend vers son vis-à-vis : Ohoo ? L'autre même geste du doigt et même intonation quand il prononce en retour : Milton ? Milton éprouve des difficultés à s'empêcher de rire. C'est l'autre qui a l'air perdu. Milton se tait, le reflet de ses mots lui semble de peu d'intérêt. Il est bien plus fasciné par le pouvoir de ses gestes. Il agite la main droite, tout le bras, son buste suit le mouvement saccadé, il secoue la tête, se retourne et tend le bras fixe vers l'horizon. L'autre, timide, en tout petit, secoue la main, lentement, son bras s'anime, son buste suit. Il se retourne et montre l'horizon les yeux ronds. Milton découvre avec délectation les réactions de sa machine à traduction. Il s'agenouille, entoure ses épaules de ses bras, se recroqueville et tremble de tout son corps. L'autre cherche à le rejoindre, s'agenouille, se recroqueville et tend une main tremblante. Milton veut savoir jusqu'où l'autre peut le suivre. Il bondit, retombe sur ses deux pieds parallèles, fléchit la jambe gauche, lance la droite en avant et part en courant. L'autre sursaute, cherche son pied d'appui, s'étonne de partir du pied opposé et, avec un léger retard, s'élance à la suite de Milton. Milton écoute son corps battre, le rythme de son cœur dans les pieds qui tapent le sol, ralentit pour que l'autre puisse le rejoindre, qu'ils frappent la terre à l'unisson, point d'équilibre fugace que l'autre dépasse. Quand Milton le sent, il fait volte-face, éclate de rire et serre dans ses bras l'autre qui s'est arrêté un instant trop tard. L'autre crie : han ! et s'enfuit en courant. Milton a dû mal entendre. Maman ? L'autre cesse de courir et se retourne à distance respectable, espace de sécurité où on peut lire les corps sans s'y frotter, sans se fier aux sons fuyants. Le miroir de l'autre Milton est différent.


Je suis écrasé sous les gravats d'un immeuble de bureaux. Quel intérêt ai-je à me raconter la vie d'un jeune Milton de neuf ans et demi découvrant le langage des signes en territoire inconnu ? Je ne peux plus bouger aucun membre. J'ai mal au ventre. Je sens une blessure, le sang qui a coulé et s'est coagulé. Je ne peux plus articuler de son. Constat étrange. L'histoire de Milton, neuf ans et demi, c'est mon lien avec l'avenir, me réinventer un autre chemin, dans une autre langue et en une autre contrée. Seule preuve que je suis encore en vie dans cette situation absurde. Je ne sais pas si je sortirai vivant de ces gravats. J'explore d'autres lieux et d'autres temps pour tenir en attendant. Je m'appelle Milton, j'ai 36 ans, j'ai perdu la parole en entrant dans un espace de son sans mouvement. Je m'appelle Milton et je rêve que je me suis perdu, abandonné par mes parents. Je rêve d'un passé qui transforme mon présent. Je danse dans ma tête.


Milton a suivi l'autre longtemps, sans conscience du temps écoulé. Milton, à distance de sécurité, a mis ses pas dans les pensées de l'autre. Milton en dompteur de miroirs indociles a découvert ce qu'il voulait découvrir. Sentir. Sauter. Toucher. Bondir. Effleurer. Se baisser. Saisir. Attraper. Goûter. Offrir. Observer. Partager. Grandir. Adopter. Respecter. Souffrir. Expirer. Suer. Sourire. Bousculer. Pousser. Trahir. Rattraper. Heurter. Ouïr. Aveugler. Pleurer. Vivre. Avaler. Manger. Dire. Se déplacer. Bouger. Rire, respirer, crier. Écrire, écouter, parler. Milton a rejoint l'autre dans un cercle d'enfants sauvages. Chacun a son propre langage mais les corps se comprennent. Milton voit enfin les nœuds communs aux fils des marionnettes, sa propre vie de pantin, les réseaux secrets.


Milton est un jeune danseur. Sans doute n'a-t-il pas 36 ans. Aujourd'hui, il danse parmi des enfants sourds. Leur voix commune raconte une histoire étrange que seul le dessin d'une main peut traduire. Leur vie s'imagine en mouvements. Milton ne mourra pas paralysé sous des gravats. Milton n'a pas perdu ses parents dans un supermarché à neuf ans et demi. Milton et les enfants dansent. Moi qui les observe, pour ne pas être aveugle à leur langue, je rêve les histoires qu'ils s'inventent, de neuf ans et demi à 36 ans. Je suis un petit Milton. Maman ? J'ai retrouvé l'usage de la danse.


Texte librement fantasmé lors d'un atelier "danse à l'école" de Milton paulo sur une proposition de Claire Gatineau.


Fujio Ishimaru

Par Michael Lambert :: 13/03/2012 à 0:34 :: Poesie

11 mars 2012 – 11 mars 2011.

En rêve aussi, il faut un an pour faire Tokyo Namur. La bataille des choses qu'on ne voit pas a commencé. Le chapeau du Petit Prince est japonais. Qu'y a-t-il derrière les murs et les fenêtres aveugles des maisons ?

D'un coup, les pigeons s'envolent sans ordonnance. Dans l'air blanchi du matin, les noms sont les mêmes à Namur comme à Tokyo. La bataille des choses qu'on ne sent pas à commencé. Les rêves de Don Quichotte sont japonais.

Où sont les couleurs de ce qu'on ne voit pas ? Où est la terre qu'on s'arrache ? Où est le bruit de l'eau qui coule au loin mais qu'on ne peut toucher ? La Bataille des choses qu'on n'entend pas a commencé. Le mot tsunami est japonais.

Dans la lumière du printemps, sous les toits d'ardoise, c'est la même terre qui tremble de Tokyo à Namur. A qui sont les mots césium, iode et plutonium ?


Traduction « mot-à-mot » et « contre-traduction » personnelle d'un texte de Fujio Ishimaru sur une proposition de Claire Gatineau.


Du futur faisons table rase...

Par Michael Lambert :: 21/02/2012 à 20:30 :: Général

Je suis né le 13 décembre 2011 à Liège, Belgique, au cœur de la vieille Europe agonisante. Je suis né le 13.12.11, ce qui aurait pu n'être qu'une suite anecdotique de chiffres, si un homme n'avait choisi cette date pour ouvrir le feu sur la foule, place Saint Lambert, au centre de ma ville. Je suis né ce mardi matin, quelques heures avant le drame. Ma grand-mère Jeanne, avait pris son après-midi de congé et le bus depuis Herstal pour venir me rencontrer, me rejoindre à la maternité, hôpital de la Citadelle, sur la colline qui domine la ville. Ma grand-mère n'a jamais pu prendre son bus en correspondance qui devait l'attendre sur la place la plus peuplée et la plus grande de Liège. Ma grand-mère, fort heureusement, s'est retrouvée bloquée lorsque le trafic fut interrompu. Place Saint Lambert, des centaines de passants, de jeunes étudiants étaient pris au piège. En quelques minutes, la vie a reflué. Ma grand-mère a vécu plusieurs heures d'attente angoissée avant de pouvoir me rejoindre. Tout à mes premières heures d'existence, je n'eus conscience ni de la gravité de ce qui venait de se passer, ni du retard avec lequel ma grand-mère Jeanne vint faire ma connaissance.


Sans doute, ai-je ressenti l'effervescence du personnel hospitalier. Sept décès et 123 blessés mais tellement plus de monde pour porter secours, se rendre utile ou prodiguer des soins. Le stress de mes parents n'a pas dû m'échapper, déchirés entre la joie de m'accueillir et la crainte de recevoir de mauvaises nouvelles de Jeanne. Je n'en ai aucun souvenir. S'il venait de se dérouler un évènement précis qui allait transformer le reste de ma vie, je ne l'appris que des années plus tard. Jeanne en eut conscience, elle, dès le lendemain de la fusillade : l'arme qui avait marqué le jour de ma naissance sortait de la chaîne de montage où elle travaillait à la Fabrique de Herstal.


Jeanne refusa de réintégrer sa pose, de reprendre le boulot. Elles étaient plusieurs à être déjà grand-mères dans son équipe. Elles fabriquaient des fusils-mitrailleurs, chacune y apportant sa pièce, des armes de guerre qui partaient à l'autre bout de la terre, qui équipaient parfois des soldats de la paix. Elles étaient quelques-unes à avoir des enfants qui fréquentaient les écoles du centre-ville où on dénombrait des victimes. Qu'il existe des trafics d'armes illicites, des filières qui écoulaient dans le civil d'anciennes armes de guerre usagées, aucune n'y avait jamais sérieusement songé. Ce jour-là elles comprirent que l'instrument du massacre, l'arme du drame, était né dans leurs mains, avait fait du chemin dans un monde cynique loin de leur quotidien, avant de trouver à se recycler à deux pas de chez elle pour menacer leurs enfants, leurs amis, leurs voisins.


Leur indignation prit de l'ampleur, devint mouvement collectif. Tous leurs collègues se croisèrent les bras pour réclamer avec elles que les pouvoirs publics, propriétaires de l'usine, entament la reconversion de la Fabrique d'Armes. La population les soutenait. Les responsables politiques étaient mal pris. Entre émotion et conscience, comment justifier un statu quo ? Personne n'avait jamais envisagé la reconversion de cette entreprise florissante. Il fallait une solution juste et créative.


Autant d'années après les faits, je peux à présent affirmer que mon père était fier de l'engagement de sa mère. À l'époque où je suis né, il était sans emploi. Plusieurs jours durant, il a sillonné le centre-ville sur son vélo électrique pour tenter de comprendre les événements. Il est allé s'asseoir à l'arrêt de bus ou un bébé de 17 mois est mort dans les bras de ses parents, où des éclats de verre brisé s'incrustaient toujours entre les pavés, l'arrêt de bus où sa mère aurait dû s'asseoir pour prendre la correspondance vers la Citadelle. Il s'y était assis en compagnie de deux dames qui devaient avoir l'âge de Jeanne, deux dames qui continuaient à attendre le bus là comme tous les jours, deux dames qui critiquaient la lenteur du gouvernement à entendre les revendications de ces femmes de leur génération qui refusaient d'encore fabriquer des armes avant d'aller prendre le bus qui, si tout allait bien, les ramènerait en sécurité chez elles.


Mon père a posé des questions aux passants, les a écoutés. Mon père est allé faire la file avec une foule d'anonymes pour signer les registres de condoléances de la ville.

- Dites, Monsieur : « nous vivons », c'est avec un s ou un t ? Parce que je veux écrire : « Dans quel monde vivons-nous ? ». Il faudra bien qu'on se pose la question si on veut un avenir meilleur pour nos enfants.


Partout les Liégeois se parlaient, soutenaient les grévistes et commençaient à rêver des changements pour leur ville. Mon père, jeune ingénieur, se mit à en parler à des amis et ils tentèrent de réfléchir en commun à des alternatives aux chaînes de fabrication d'armes. Au bout de plusieurs mois d'intenses débats et réflexions publiques, ils furent rejoints par des chercheurs de l'université, les syndicats, le milieu associatif et avec les travailleuses en grève, ils fondèrent la coopérative qui proposa et permis la reconversion de la Fabrique Nationale en fabrique de moteurs électriques qui équipa bientôt des centaines de vélos, de mobylettes, puis les trams de la ville, de la région jusqu'à ce que leur réputation devienne celle qu'on leur connaît aujourd'hui en Europe. Plusieurs années après le décès de ma grand-mère, je peux toujours affirmer qu'elle était fière de la réussite de son fils.


Malheureusement, ma mère ne partageait pas leur enthousiasme. Elle avait refusé de prendre les transports en commun pour me ramener, nourrisson d'à peine cinq jours, à la maison. Elle vivait dans l'angoisse qu'un drame ne se reproduise, évitait la foule, les lieux publics et ne se sentait plus en sécurité en ville. Elle aurait sans aucun doute eu besoin de la présence rassurante de mon père en ces temps incertains. Mais son homme se passionnait pour le combat des femmes de la FN, pour l'avenir et la reconversion de l'usine, puis de la ville. Il sortait sans cesse pour des réunions, pour défendre ses idées. Il trouva dans la foulée un nouveau travail au sein de la coopérative, sans se rendre compte qu'il laissait sa femme sans défense, seule avec son sentiment d'insécurité et son besoin de me protéger.


Ils s'éloignèrent.


J'aurais dû grandir dans les rues d'une ville, prendre le bus pour aller à l'école, jouer au foot avec les copains, traîner dans les magasins place Saint-Lambert avant de rentrer à la maison. Le 13 du 12 2011 a tout changé. Ma mère m'a emmené à la campagne. Elle a fini par quitter mon père pour s'y installer. J'étais partagé entre deux vies et c'est en voiture que je passais la plupart de mon temps entre mes parents. J'ai vécu la campagne comme un isolement. Grand jardin et pas de copains parmi les voisins. Peu de transport en commun. Où que j'aille, j'étais dépendant de maman. Elle continuait à travailler en ville, me déposait à l'école en partant, perdait son temps et son énergie dans d'interminables embouteillages, rentrait tard, seule et épuisée. Je ne rêvais même pas des week-ends bimensuels chez mon père. Il était trop occupé et je les passais enfermé dans son appartement devant des dessins animés.


J'aurais pu m'échapper dans la nature, devenir un vrai petit villageois si maman m'avait donné l'exemple et l'envie. Mais elle ne sortait pas. Elle avait aussi peur dans notre maison isolée qu'au cœur grouillant de la ville. Ce 13 décembre m'a volé la possibilité d'une enfance insouciante. Il m'a ouvert les yeux de manière un peu précoce si j'y réfléchis. J'ai beaucoup observé mes parents. J'en avais le temps, j'étais enfant unique, la fusillade leur avait ôté l'envie de me faire une sœur ou un frère. Je suis né dans un monde d'adultes.


Ma mère était assistante sociale. Elle s'était arrachée à mon père, à sa ville mais elle n'avait pas démissionné. Elle s'accrochait au radeau de son boulot, persuadée de porter sur ses épaules une lourde et essentielle mission : empêcher toutes les personnes précarisées qu'elle côtoyait de s'écrouler dans une violence désespérée. Elle se voulait forte. Je ne voyais que ses faiblesses. Mon père était trop loin. Elle n'a jamais imaginé que je puisse craquer à sa place.


J'avais sept ans, je venais à peine d'apprendre le plaisir de découvrir soi-même une histoire. Aucun médecin n'a jamais mis de mots précis sur le mal dont je souffrais, une affection nerveuse aiguë qui me laissait pantelant sans plus aucun contrôle de mes mouvements. J'ai passé six semaines dans une chambre noire, toute sollicitation des sens m'était une agression intolérable. Ma convalescence a duré de longs mois à réapprendre à me tenir debout, à marcher, à retrouver la force de lire et de retourner à l'école. Pourtant, je n'ai qu'un souvenir solaire de cette période. Ma mystérieuse maladie avait rapproché mes parents. Ma mère ne pouvait plus assumer ses trajets quotidiens. Mon père avait démissionné pour s'occuper de moi et nous avait installé chez lui. Je ré-apprivoisais mon corps. Ils ré-apprivoisaient leurs rêves. Ils m'ont veillé souvent, se parlaient longuement.


Aujourd'hui, je fais l'hypothèse que j'ai souffert d'un syndrome post-traumatique dont mes parents se sont guéris en même temps que moi. Ils ont à nouveau vécu ensemble et nous avons emménagé dans un habitat groupé, une petite communauté. À l'époque, de nombreuses personnes commençaient à se retrouver à la rue après l'explosion des prix de l'énergie qui les laissait sur le pavé, incapables de payer leurs charges et leur loyer, dans l'impossibilité de se chauffer, d'alimenter les multiples appareils électriques qui encombraient leurs vies. Les habitats groupés, citoyens et solidaires, se développèrent en réponse à la crise du logement. Collectivement les Liégeois parvenaient à s'en sortir. Les plus âgés avaient de la place à offrir, les plus jeunes des ressources à collectiviser. Les autorités publiques s'engagèrent massivement dans la rénovation et l'isolation de grands ensembles d'habitations qui redevenaient enfin des logements décents. Mon père et ma mère y travaillèrent longtemps. Ensemble. Je n'aurai pas grandi dans ma maison familiale. Je n'en hériterai jamais. Même ma grand-mère Jeanne, octogénaire dynamique, a vécu en communauté intergénérationnelle jusqu'à la fin de sa vie. Je suis enfin devenu un membre de la grande tribu urbaine de Liège.


Nous étions des dizaines d'enfants dans mon quartier à vivre en bande, parfois les uns chez les autres, souvent dans les espaces verts partagés. Nous avions mille jeux. Nous construisions des cabanes, nous roulions à vélo. Nous jouions aux cow-boys et aux indiens, avec des arcs à flèches et des épées en bois. La plupart de nos parents nous interdisaient les fusils en jouet alors nous nous canardions en cachette, en leur absence. Mais les adultes étaient souvent dehors aussi et il arriva que ma famille me surprit en pleine partie de policiers et de voleurs. Je mitraillais mes amis de mes deux mains, tout en crachant pour imiter les rafales de balles. Maman avait crié mon nom, prête à me rappeler à l'ordre, au moment où un copain, tout à son rôle de policier, m'abattait de son doigt revolver vengeur.

- Tu vas mourir, assassin !

Je m'étais écroulé à genoux, les mains sur le cœur avec la folle envie de simuler mon agonie. Ma mère était blême.

- A moi ! Les secours, par ici !

Mon père avait enfourché son vélo électrique, s'était élancé au milieu de notre petit groupe pour me hisser derrière lui et m'entrainer dans une ronde effrénée.

- On ne va pas se laisser abattre ! Ramassez les blessés ! Suivez-moi !

Quelques enfants amusés étaient montés sur leurs vélos et la scène s'était transformée en une joyeuse course poursuite.

- Il y en a encore à sauver. Faites-les grimper !

Nous étions trois sur le porte-bagages de papa qui pédalait à toutes jambes, suivis par tous mes copains qui criaient. Nous avons fait halte devant ma mère.

- Pardon, madame. Pouvez-vous nous indiquer le chemin pour l’hôpital de la Citadelle ?

Elle riait. Mon père s'est remis à pédaler de plus belle et nous avons tous ri en chœur.


J'ai grandi dans une ville en mutation. J'ai grandi en même temps qu'un rêve prenait corps dans la réalité. J'ai grandi comme une utopie.


J'aurais pu devenir ingénieur comme mon père. Liège est devenu un pôle mondial des énergies renouvelables, de l'habitat durable. J'aurais pu travailler dans le social comme ma mère. Liège regorge d'initiatives solidaires, de structures citoyennes. Mais, vous le savez, c'est pourquoi vous m'avez invité ici aujourd'hui, je suis devenu écrivain.


Alors quand vous m'avez demandé de prendre la parole pour ouvrir les festivités des 30 ans de la reconversion de la FN Herstal, je n'ai pas voulu vous raconter d'histoire. À travers les figures de ma grand-mère, de mon père et de ma mère, je voulais aujourd'hui rendre hommage à tous les Liégeois et toutes les Liégeoises qui sont nés, qui sont morts et qui ont continué à vivre le 13 décembre 2011 parce qu'un homme, dont tout le monde a oublié le nom aujourd'hui, nous a écartelé les cœurs, nous a poussés à repenser le futur, nous a obligé à rendre la vie meilleure.


Je veux rendre hommages aux femmes de la Fabrique d'Avenir.


Walden

Par Michael Lambert :: 22/09/2011 à 15:58 :: Poesie


Il y a à Walden

Tu connais Walden

Tout le monde connait Walden

Il y a à Walden

Des poulets sur les trottoirs

De la volaille devant les vitrines

Des poules qui caquètent sans cervelle

Des volatiles qui vaquent sans occupation

Il y a à Walden

Toute une basse-cour

Aux codes aléatoires

Tantôt picorant

Tantôt pérorant

Il y a à Walden

Tout un troupeau d'oies

Au foie malade

Bien grosses

Bientôt lasses

Il y a à Walden

Quelques coquelets interchangeables

Quelques poulets indécrottables

Il y a à Walden

Des porcs à la parade



Il y a à Walden

Tu connais Walden

Tout le monde connait Walden

Il y a à Walden

Des boutiques à napalm

Des foules s'y pressent

Pour s'y remplir les bourses

Pour s'y vider la tête

Il y a à Walden

Des marchands de chars

Des gens y font la file

Le cycle est court

La fin empeste

Il y a à Walden

Des officines non conventionnelles

Des vies collatérales s'y entassent

Uranium en stock

Humains appauvris

Il y a à Walden

Des champignons dans les bois



Il y a à Walden

Tu connais Walden

Tout le monde connait Walden

Il y a à Walden

Des balles qui claquent

Des bang qui glissent

Des cadavres qui poussent au sol

Des sots qui jonchent les caveaux

Il y a à Walden

Des tombeaux de pierre

Des chairs en lambeaux

Une foule en point de mire

D'un tireur qui se défoule

Il y a à Walden

Des têtes qui éclatent

Des troncs qui dévissent

Des défilés de pantins

Dans des fusillades sans fin

Il y a à Walden

Des visages sans figure


Il y a à Walden

Tu connais Walden

Tout le monde connait Walden

Il y a à Walden

Des illusions qui s'effondrent

Des avions qui entrent par les fenêtres

Des pierres qui s'échauffent

Des poutres qui ouvrent un œil

Il y a à Walden

Des gouffres qui se répandent

Des bandes qui èrent hagardes

Des cris qui se répondent

Des silences qui envahissent le monde

Il y a à Walden

Des prestidigitateurs qui se surpassent

Des tours qui s'effacent

Des spectateurs qui s'évanouissent

Des vanités sans crainte

Il y a à Walden

Des explosions sourdes


Il n'y a à Walden

Est-ce que tu connais Walden ?

Qui connait Walden ?

Il n'y a à Walden

Aucune place pour moi

Il n'y a à Walden

Aucune place pour toi

Du bon humectage du cigare

Par Michael Lambert :: 22/09/2011 à 15:56 :: Général


De deux doigts habiles, sortez de son étui l'exemplaire sur lequel vous avez jeté votre dévolu. D'un coup de dents tendre et décidé, croquez-en le bout pour en ouvrir l'accès avant tout usage. D'un oeil gourmand mais expert, sachez en contrôler le bourrage et, au besoin, puisez dans les bourses à tabac pour le ravitailler.

Prenez le temps d'observer le futur délice qui s'offre à vous dans toute sa splendeur, reconnaissez d'une caresse sa texture nerveuse, palpez son apparente fermeté. Les plaisirs de la vue et de la peau seront les préliminaires qui décupleront ceux de la bouche, avant l'extase du feu d'artifice qui vous comblera de fumées blanches et odorantes.

N'ayez crainte, si sa forme nécessite une énième sculpture, de le rouler sous vos aisselles ou toute autre partie de votre épiderme, au gré de vos expériences et de vos fantaisies. Pour les esthètes, rappelez-vous que deux yeux humides s'accorderont à merveille à vos lèvres à présent brillantes de salive.

N'oubliez jamais que votre langue sera garante d'un bon humectage, léchez donc sans retenue vos lèvres comme l'extrémité du cigare. Léchez au besoin l'extrémité de vos doigts. Rien n'est plus beau à observer qu'un cigare en bouche. Ayez soin de vous placer non loin d'un miroir et, si vous portez les cheveux longs, de dégager votre visage.

Quand le bout est bien dur et humide, approchez votre flamme. Que vous soyez adepte du briquet à gaz, à essence ou des allumettes, le principe est le même : un bon cigare se consumera longtemps s'il a été allumé correctement. Voilà pourquoi l'humectage est la base qui vous permettra de jouir de la chaleur du cigare sans craindre sa brulure.

Les volutes de fumées s'élèveront bientôt, plus ou moins haut, au gré de votre souffle et de la force de vos pompages. Apprenez à alterner les tempos jusqu'à atteindre les sommets de longues aspirations. Sentez ses fragrances, titillez vos narines. Il en est des musquées, de douces parfumées, de subtiles ou de rudes piquantes, surprenantes pour qui n'a jamais humé un cigare. Retenez-vous d'éternuer.

Quand les fumées commencent à s'élever, prenez plaisir à en jouer, des classiques ronds à transpercer aux volutes délicates et entremêlées. Faites preuve de créativité. Vous voilà, si de votre maître vous avez été l'élève sage, de volutes en vous pénétrée, à cette ultime étape initiée, à l'art de jouir d'un cigare.

Ophélie et Kamel

Par Michael Lambert :: 30/08/2011 à 0:00 :: Nouvelles


Ophélie, adolescente, avait parcouru le monde dans les bagages et l'ombre de ses parents exubérants. Ils lui avaient légué le goût des rencontres, une jolie rente pour jeune femme oisive et un penchant pour la discrétion, plutôt voir qu'être vue. Ophélie avait hérité de sa mère une abondante chevelure blonde mais si la mère en avait fait un atout de charme, la fille les tenait serrées en un austère chignon, dissimulé en public par un discret foulard. Toutes les femmes avaient admiré le père, aucun homme ne remarquerait la fille. Ophélie était belle mais tout en elle voulait garder ce secret.

Kamel était aussi noir qu'Ophélie était blanche. Si ses ancêtres avaient traversé le Sahara, lui n'avait jamais quitté Marrakech. Il se tenait parfois debout des heures durant, place Djemaa el Fna, Jardins de la Koutoubia à scruter les passants. Ses beaux yeux noirs brillaient d'un éclat qui inquiétait autant qu'il n'attirait les jeunes filles. Son manège cessait souvent après que des frères, des pères lui eurent jeté des pierres, à force de voir sœurs respectueuses et épouses fières remonter leurs voiles. Kamel était guide pour touristes mais pas une seule femme étrangère, la peau offerte au regard, ne suscitait en lui le moindre intérêt. Kamel le noir, fuyait la lumière et scrutait les ombres.

Ophélie s'était perdue avec lenteur dans les jardins de la maison Majorelle. L'air humide y était plus frais, les couleurs délavées, jusqu'à ce poisson rouge dans sa pièce d'eau qui avait perdu ses couleurs, petit fantôme flottant qui faisait frissonner Ophélie et lui donnait envie de se noyer dans une mélancolie consentie. Les heures étaient passées lentes, loin des touristes et du cœur battant de la ville. Kamel avait pris son temps pour dévisager l'étrange et mystérieuse européenne, le voile d'Ophélie apparaissant et disparaissant aux détours des chemins, dans la nature luxuriante, son corps caché par une robe et un veston d'homme. Kamel avait pris le risque d'avancer. Ophélie, soudain face à face avec cet inconnu tout de noir vêtu, n'avait que furtivement levé les yeux. Elle l'avait retrouvé immobile au même endroit aux suivants et inlassables méandres de sa balade. Ophélie avait alors plongé son regard dans les yeux de Kamel qui avait fait un nouveau pas en avant.

Ils n'auraient pas besoin de se parler. Ophélie suivrait Kamel sans poser de questions. Elle frissonnerait sans inquiétude lorsqu'il lui ouvrirait la lourde porte en bois d'un couloir sombre, elle se rapprocherait de lui dans l'obscurité pour ne pas perdre sa trace, avant qu'il ne la fasse pénétrer dans le patio ombragé. Kamel n'aurait pas besoin de la toucher. La première fois, il n'oserait pas la déshabiller. Ophélie ne se lasserait jamais de détailler toutes les nuances de noir, des cheveux crépus de Kamel, de la peau de Kamel, des yeux fiévreux de Kamel, de ses lèvres. Kamel sans un mot se mettrait à genoux devant elle et Ophélie le prendrait sous sa robe, son dos appuyé au mur, tous les sens intrigués par les bruits d'eau de la fontaine du patio.

Ophélie rouvrit les yeux devant Kamel dans le jardin de la maison Majorelle. Le jeune homme ne la quittait pas du regard et prononça ses premiers mots.

- Puis-je vous offrir un rafraîchissement, mademoiselle ?

Le poisson fit un bond dans sa pièce d'eau.

Charles et Pamela (extraits)

Par Michael Lambert :: 29/08/2011 à 0:00 :: Nouvelles

Charles Bidet s’asseyait chaque soir à la même table du Bar à Miroirs. Seul, il observait les femmes danser et les imaginait. Celle-là, s’appellerait Célia, sous son chignon stricte, elle dissimulerait une tristesse d’enfance. Son père aurait emmené sa chienne Princesse, devenue trop vieille, se faire piquer chez le vétérinaire, avant de quitter sa mère à l’âge de onze ans. Célia, enfant taciturne, trop tôt privée de superhéros aurait développé une attirance pour les hommes d’âge mur inaccessible. Charles Bidet se lissait ses favoris poivre et sel.


Spectacle sans fin pour Charles Bidet. Les femmes défilaient sur la piste de danse, se succédant éphémères comme un morceau de musique en écrasait un autre, sujet inlassable de ses élucubrations psychanalytiques. Fantasme éphémère, cette brune provocante, s’appellerait Ophélie. Elle danserait jambes écartées, seins en l’air pour oublier que chaque soir, hier encore, elle convaincrait des hommes de payer pour la ramener dans son lit, la baiser pour oublier le vide de sa vie, la nausée du mauvais champagne, les trous dans les bas résille et sa lingerie qui vieillissait. Ophélie se tortillerait. Charles Bidet palpait et repalpait, mentalement, ses billets de cent.


Charles Bidet n'a vécu qu'une unique tentative avortée de partager sa vie avec une femme. Charles est plutôt vieille école, hors de question de mettre la main à la pâte, la meilleure position étant toujours un pas en arrière, pour fantasmer sur le postérieur affairée de la femelle dévouée à la pitance du mâle. De l'expression mettre la table, il n'a que des images désordonnées de coïts avec la cuisinière. Goûter la sauce ne peut se terminer que par des jeux pas toujours coquins et salissants pour les mains. Dès lors, il ne pouvait y avoir que malentendu lorsque Pamela Prune entreprit de le mettre aux fourneaux en lui offrant un délicieux tablier de cuisine mauve à l'effigie d'un chef Poséidon au trident embrochant des poissons. Charles promit de lui cuisiner sa petite crevette le soir-même lorsque Pamela éreintée rentrerait tard du boulot. La petite voulait souffler, réclamait du repos et un amant cuistot. Pamela n'espérait aucun miracle culinaire et s'attendait en contre-partie à devoir passer à la casserole. Pamela avait juste faim, le vide dans son ventre s'élargissant à la fin de chaque journée passée à rassurer les petits garçons cachés derrière les poils des hommes poussant la porte de sa boutique d'accessoires érotiques uniquement dédiés aux plaisirs féminins. Pamela pénétra la cuisine vaguement inquiète de n'être titillée par aucune odeur de mets maritimes. Charles était pourtant fidèle au poste. De l'idée de Pamela, il n'avait gardé que le tablier le joli noeud de la ceinture habillait à lui seul le postérieur du mâle maître des mers, interdisant tout fantasme tant son message était clair : dénoue-moi et tu libéreras mon trident. Pamela Prune refusa d'observer plus longtemps le manque d'attention à la gente féminine de Charles Bidet et s'enfuit sans même chercher à savoir ce qu'était cette sauce blanche qui dégoulinait de l'égouttoir que Charles brandissait.


Pamela Prune n'est personne

Elle s'inscrit en ombre

Derrière les hommes

Ken et Barbie (extraits)

Par Michael Lambert :: 01/08/2011 à 0:01 :: Poesie

Sans toit, sans toit, sans toit

Sans toi

Et sans culotte

Barbie arpentait les trottoirs

Pour en finir avec l'interminable frisson

Ken est un con



Barbie l'indécrottable

Beauté et carnage

Dans un souffle, elle sourit

Comme si sa vie en un soupir se préparait à disparaître

Silence

Ken l'indescriptible

La dégrade sans un regard

Carnage en beauté



Barbie se barbouillait de sperme

Déjà un autre Ken la retourne

La libido est bestiale

Le latex a du charme

Silencieusement Barbie soupire

Elle avait la corps propice aux fantasmes



Barbie innaccessible

A dansé toute la nuit

Ken a rodé

Ken l'a frolée

Ken

Débauche d'énergie fragile

S'est écroulé

Au petit matin

Barbie a fermé les yeux

Ken ronflait

Barbie Millenium

Par Michael Lambert :: 01/08/2011 à 0:00 :: Nouvelles

Boys don't cry… T'as jamais entendu ça toi ? Boys don't cry… C'est vachement puissant tu sais. Ça veut dire des tas de trucs : les cow-boys ne pleurent pas, les boys friends ne pleurent pas, les boys bands ne pleurent pas… Eh bien, ce boys don't cry, tu vois, c'est que dalle, c'est du vent. Moi, j'ai beaucoup plus puissant, si tu veux savoir – c'est nouveau, ça vient de sortir – c'est Barbie don't cry ! Ben ouais, t'as déjà vu une Barbie qui chialait, toi ? C'est que c'est pas prévu pour. Les grands yeux bleus, version plastique parfait, y z'ont pas les larmes en option. Alors Barbie, tu vois, elle sourit toujours comme une connasse aux pires crasses de ce monde pourri. Ken la jette, elle sourit, Ken la prend par derrière sans lui demander son avis, elle sourit, Ken va lécher la chatte en latex d'une autre Barbie – ah oui, parce que j'ai oublié de te dire, elles s'appellent toutes Barbie – et les connes, elles sourient toutes les deux. Même gueule de cire, même sourire. Et moi, tu vois, ce genre d'injustice, je peux pas supporter. Alors, j'ai organisé un petit truc à ma manière. Tu vois, j'avais le thème, Barbie don't cry ! Ça sonnait comme un hit pop trash sanglant. Et il fallait que ça saigne ! La sono et les basses à fond. Alors, c'est simple, je me suis servi de ces briquets qu'elles utilisent pour attirer les Ken romantiques pendant le seul slow du concert – parce que Barbie don't cry, c'est un slow crapuleux, forcément, dans le concert hard gore de la vie. Et avec ces petites flammes de papillons, je les ai fait fondre en larmes de crocodiles ! Le grand méchant crocodile qui nous croquera tous ! C'était beau à voir, tu sais, j'en avais les larmes aux yeux. Mais va pas croire que je me suis arrêtée là, oh non, j'avais prévu un bouquet final. Un gros pétard, en apothéose, pour envoyer Ken au septième ciel – mais oui, tu sais, le Ken de mon histoire, celui qui sautait de Barbie en Barbie. Une grosse fusée pour lui exploser le trou du cul et lui mettre les entrailles à l'air – Toute ma vie j'ai rêvé d'être une hôtesse de l'air – Toute ma vie j'ai rêvé d'avoir les fesses… J'ai allumé la mèche au moment où le compte à rebours de la Tour Eiffel s'est éteint. Tu sais, j'avais trop peur de ne pas jouir du moment fatidique. Et alors, j'ai profité qu'il faisait noir – c'est plus facile – pour sauter.



"Les Amandes Vertes" d'Anaële et Delphine Hermans, éditions Warum

Par Michael Lambert :: 07/07/2011 à 0:00 :: Bouquin des copains


«Les Amandes Vertes» est une bande dessinée tout en nuances, en nuances de gris. Anaële raconte ses dix mois de travail en Palestine à sa soeur Delphine restée en Belgique. Delphine dessine. Anaëlle écrit, tout en pudeur, tout en délicatesse. À la grande sœur absente de voir entre les lignes, de mettre des images, tout en douceur, tout en humanité, autour de la voix de la petite sœur expatriée. Et « Les Amandes Vertes » nous parlent alors de petits plaisirs quotidiens universels : elles se dégustent à l'apéro, entre femmes, avec des amis, lors de repas de famille.

Hélas, il y a bien une nuance de gris qui domine, une ombre qui n'existe qu'en Palestine, le gris du mur de sécurité, qui empêche de voir la mer, qui empêche de voir l'avenir. Et ces hommes qui portent des souffrances, des souvenirs de prison, des morceaux de balles dans la tempe, qui ouvrent les portes de leur maison, qui ouvrent leurs bras aux étrangers, sont soudain silencieux, épuisés comme un après-midi de ramadan, incapables de partager les doutes et les désespoirs qui les rongent, incapables d'accueillir dans leur cœur un peu d'amour inattendu. « C'est habituel ici », disent-ils. Pendant ce temps, le mur avance, Majdi déprime et Moussa restera six mois de plus en détention préventive. Pendant ce temps, leurs associations continueront d'aider et de redonner espoir aux femmes, aux jeunes de Palestine et d'accueillir des volontaires étrangers. Et Anaële n'aura plus envie de revenir en Belgique, dans ce pays en noir et blanc où la Palestine peut sembler une terre sans nuance.

«Les Amandes Vertes», de Delphine et Anaële Hermans, se lisent avec plaisir et intelligence. Elles donnent envie de rencontrer les autres, par-delà les conflits, les clichés, et de faire reculer les murs. Ces lettres de Palestine nous touchent parce qu'elles répondent à des cartes postales de Belgique. Nous devrions tous avoir une petite soeur à qui écrire :

« Salut Nan,

Tu pars bientôt… Quand j'expliquais « Ma soeur part à Bethléem », ça me paraissait si loin. Mais là, ça devient brusquement concret. Comment fait-on un sac pour 10 mois en Palestine ?

Dis-moi, tu prendras soin de toi ?

Delphine »

La suite est à découvrir dans « Les Amandes Vertes » d'Anaële et Delphine Hermans, aux éditions Warum, chez tous les bons libraires de Liège, de Belgique et d'ailleurs - malheureusement pas en Palestine - ou sur  www.warum.fr/bibliotheque.php?livre=49.

L'eau des étoiles

Par Michael Lambert :: 07/06/2011 à 21:29 :: Nouvelles


Ils ont trouvé de l'eau sur Mars. Ils ont dépensé des sommes astronomiques. Ils y ont consacré leur vie. Et l'humanité s'en fout, à peine un entrefilet dans les journaux. Ils ont trouvé de l'eau sur Mars. Ils en sont fiers, la découverte du siècle. S'ils savaient. L'eau existe partout dans l'univers. Ils ont trouvé un pépin et ils ne mesurent pas la saveur du fruit auquel il appartient. Ils ont débusqué de l'eau lointaine mais ils ignorent la nature de l'eau qui les entoure. S'ils savaient. L'aventure de l'eau est à notre portée, son mystère est intérieur. Ils ont trouvé de l'eau sur Mars. Eux qui sont, comme l'humanité entière, composés à quatre-vingt pour cent d'eau. L'eau est en nous mais les humains ignorent qui est l'eau. Les hommes ne sont pas encore prêts à appréhender l'eau, incapables de penser l'entité qu'elle est. Comment pourraient-ils la comprendre ? Je rêve du jour où l'humanité s'ouvrira à l'eau. Je rêve du jour où nous la rencontrerons.

Je n'ai rien fait pour prendre conscience de l'eau. C'est elle qui s'est exprimée en moi. L'eau ne s'est pas mise à me parler un beau matin. Sa présence s'est imposée comme une évidence. Nous communiquons au travers de mes soudaines intuitions. L'eau s'est révélée en moi et elle a changé ma vie.

Je prenais de longues douches pour me plonger dans ce sentiment serein qu'elle me traversait, que cette eau qui coulait sur moi, cette eau en moi, cette eau qui s'évacuait par ailleurs, cette eau n'était qu'un seul cycle, une universelle entité. Et sous la douche, j'avais les idées claires, la vie trouvait un sens et moi, ma place parmi elle. J'ai commencé à faire le tri dans mes activités, me concentrant sur l'essentiel.

Je prenais peu de bain. L'expérience de mon corps blotti dans un cocon d'eau était trop forte. J'aurais pu y rester longtemps et ne jamais plus en sortir. Tout mon être dissout dans l'eau de ma baignoire. Mais je pressentais d'autres rencontres plus belles. Je voulais connaître toute l'eau de l'univers.

J'évitais les piscines. L'odeur du chlore m'indisposait et altérait le contact. L'eau était pourtant là, plus présente et plus chargée de possibilités mais trop à l'étroit dans son carcan de carrelages et comme souillées par mes congénères, aveugles et insensibles à sa présence, trop préoccupés par l'hygiène et leurs longueurs.

Je filai à la mer. Elle m'attirait. Je restais de longues heures à la contempler, fascinée par son immensité, subjuguée par ses mouvements sensuels. J'avançais et je reculais au rythme de ses marées. Soudain, je me suis souvenu du ventre de ma mère. J'y baignais dans l'eau de son liquide amniotique. L'eau du corps de ma mère passant à travers moi, elle me façonnait sous ma forme aquatique. Elle me transmettait la vie, ses peines et ses pleurs. J'étais l'eau de son eau. J'en gardais la mémoire.

Je comprenais enfin la nature de ce lien, cette fidélité à ma mère. Ce kyste aux ovaires que je développai à vingt ans et qui me condamnait à n'avoir jamais d'enfant. Ce kyste, à l'âge exact où ma mère subissait l'agression infâme qui donnerait lieu à ma naissance. Ce kyste gorgé d'eau, de la taille d'une coupe remplie des larmes de ma mère. L'eau qu'elle m'avait léguée, la joie et la haine. J'apprenais à la fois que je ne pourrais plus enfanter et je renaissais dans un corps plus grand. Je sais aujourd'hui que c'est le traumatisme de ma maladie qui transforma ma vie et me donna accès à la présence de l'eau. Ce sont les larmes de ma mère qui avaient ouvert une brèche, qui me connectaient avec toute l'eau de l'univers.

Je suis restée des journées entières à vibrer avec l'océan, jusqu'à ce que la pluie tombe. Je n'y étais pas préparée. De la surface de la mer, s'élevait une brume dont j'étais toute entière entourée. Du ciel, tombait de l'eau qui me transperçait, renouvelant l'expérience d'être traversée dans des proportions, cette fois, infinies. L'eau de la terre, l'eau du ciel, l'eau de la mer. Elle n'était qu'une, elle était infinie et j'étais en son sein. Nous étions tous en son sein. Comment échapper à sa présence ? L'humanité, sans le savoir, était habitée. Plus précisément, l'humanité vivait en elle. Nous étions tous des êtres de l'eau. Pour moi, la révélation était enfin complète. L'eau n'avait pas de limite. Et entre chaque être vivant, elle créait un lien, le lien ultime, le lien à travers l'eau.

La solitude m'avait souvent pesé. Tant de fois, je m'étais sentie étrangère parmi mes contemporains, sans savoir comment les aborder, quels projets avec eux partager. A présent, je me sentais réunie. Nous ne faisions qu'un. Nous étions tous des gouttes dans l'eau de l'univers. Moi qui me sentais si petite, je venais enfin de grandir. Je faisais partie, comme tout être, de l'infini. L'eau pouvait nous rassembler.

J'ai commencé par oeuvrer en tant que bénévole au service de l'accouchement dans l'eau. Je cherchais les arguments pour convaincre les futures mères, je guettais les signes d'une présence à l'eau chez leurs nourrissons. Mais peu comprenaient mes intentions. Il me fallut être patiente, ne brusquer personne. Et le contact s'établit enfin. Nous n'avions pas besoin de parler, c'est l'eau qui avait vibré en nous. Nous nous étions reconnues. Françoise était sage-femme. La conscience de l'eau l'habitait depuis plus longtemps que moi. Je n'étais plus seule. Nous échangeâmes nos expériences. Elle avait rencontré d'autres femmes comme nous, habitées par l'eau. Elle touchait les mains, les ventres. Elle avait appris à reconnaître l'ouverture à l'eau.

Françoise se rallia à ma proposition de rassembler toutes ces femmes pour tenter de transmettre notre savoir à d'autres. Elle cherchait, elle aussi, à étendre notre perception de l'eau. Soutenues par d'autres, Françoise se sentait capable d'éveiller l'eau dans des corps endormis. Je n'avais pas eu à lui suggérer l'idée, l'eau en nous s'était chargée de faire naître cette intuition commune. Et nous obtînmes nos premiers résultats. Quelques mères que nous côtoyions s'ouvrirent à la présence de l'eau. De notre petite association, commençait à émerger une communauté reliée par l'eau. Une communauté de femmes.

Je m'en inquiétais. Aucun père ne semblait comprendre ce que ressentait sa compagne. Mais nous les rencontrions moins souvent et partagions moins d'intimité. Je décidai alors de me consacrer aux nouveaux-nés. Dans mes bras, je sentais la présence de l'eau en eux. Mais comment savoir s'ils en étaient conscients, si l'eau leur parlait ? Il me fallut à nouveau être patiente, attendre qu'ils grandissent. Jusqu'à ce que je retrouve quelques enfants plus âgés que Françoise avait aidés à mettre au monde. Plusieurs d'entre eux vivaient avec la conscience de l'eau. Plusieurs d'entre elles, devrais-je dire. A nouveau, seules les filles s'étaient révélées sensibles à l'eau. Notre communauté grandissait. Je sentais que ce n'était qu'un début.

Je voulais toucher les hommes. Cette fois, je m'engageai comme bénévole dans une association de soutien aux malades du cancer. Ce kyste qui avait été pour moi un traumatisme révélateur, ce mécanisme bouleversant de prise de conscience agirait peut-être pour d'autres. Quand la vie est mise en péril, l'être humain découvre parfois ce qui en fait l'essentiel.

J'étais moi-même passée par-là. A présent, je trouvais plus facilement les mots. Je comprenais ceux qui cherchaient un sens à leurs souffrances. Je les veillais et à mon tour, je pouvais serrer leurs mains dans les miennes. Je ne fus même pas surprise de découvrir quelques femmes ayant traversé les mêmes épreuves que moi. J'avais déjà compris que je n'étais pas unique. Mais les hommes... Ils serraient mes doigts trop fort. Ils me posaient beaucoup de questions dont ils n'entendaient pas les réponses. Pourtant, je percevais parfois de l'eau en eux quand, vaincus par le cancer, leurs corps se relâchaient. Mais leur raison luttait toujours. Les hommes semblaient refuser qu'un autre être vive en eux. Comment pourraient-ils concevoir que cette entité soit plus grande qu'eux, qu'elle ne puisse être appréhendée que par l'intuition et qu'elle nous englobe tous ? Affaiblis par leurs tumeurs, les hommes voyaient en moi, au mieux, une fée et refusaient d'imaginer qu'ils puissent faire partie de la magie de la vie.

Je ne pouvais plus me contenter de chercher au hasard. Il fallait que je comprenne comment fonctionnaient les hommes. Que faisaient-ils de leurs intuitions ? Où trouvaient-ils leur place dans l'univers ? Quels rapports entretenaient-ils avec l'eau ? Jusqu'à ce que je comprenne. Ils cherchaient de l'eau dans l'espace. Ils cherchaient les réponses en dehors d'eux. Et ils voulaient trouver par eux-mêmes.

Je pouvais les précéder, parcourir avant eux ces chemins d'exploration arides. Je pouvais éclairer leur route, en y laissant des balises. Notre communauté de femmes, Françoise en tête, accepta de me suivre. Les hommes cherchaient de l'eau sur Mars, nous allions entrer en contact avec l'eau des étoiles et découvrir toutes les formes de vie de l'univers. Connectées grâce à l'eau, nous pouvions abolir l'espace.

Je dus à nouveau être patiente. Il nous fallut plusieurs années avant de parvenir à communiquer avec d'autres êtres conscients, vivant comme nous au sein de l'immensité de l'eau de l'univers.

Ils ont trouvé de l'eau sur Mars. J'ai trouvé un père pour mon enfant. Moi, l'humaine blessée, incapable d'enfanter, je suis enceinte, de cette communion par l'eau avec mon compagnon de l'espace. Nous avons dépassé les limites de nos univers. Nous nous aimons par delà les distances infinies, au travers de l'eau. Je suis enceinte d'un être vivant non humain, d'un homme non-terrien, d'un homme sensible à l'eau, d'un homme intérieur en qui je suis, qui est en moi. J'attends un fils qui sera le premier homme sur terre à comprendre le langage de l'eau, à écouter ses intuitions, un enfant de l'eau universelle qui ouvrira la voie pour les hommes aux mystères de la vie.

Ce n'est qu'un début, je le sens. Je ne suis pas unique. L'amour, à travers l'eau, est infini. Déjà d'autres membres de notre communauté sont enceintes. L'avenir de l'humanité est en marche et, déjà, il apprend à nager.

« La Grande Morille » de Pascal Leclercq, éditions Coups de Tête 2011

Par Michael Lambert :: 02/06/2011 à 21:21 :: Bouquin des copains

Bon, ce n'est pas la saison des champignons mais je m'en vais vous donner des raisons d'en déguster pour l'été. Où que vous passiez vos vacances, sur un banc à Blankenberg ou au lit à Rimini, il faudra embarquer dans vos valises Pascal Leclercq et sa « Grande morille », troisième tome des improbables aventures de Marzi et Outch, l'épisode le plus construit de cette série déjantée. J'avais découvert le premier opus le sourire dubitatif aux lèvres, subtilement contrebalancé par la larme d'hilarité au coin de l'oeil. Je m'étais accroché au guidon de ma vespa pour suivre le fil de Marzi à Marzi, me surprenant à chantonner « Marzi, c'est fini et dire que c'était la ville de mes premiers amours. » J'entamai donc la suite comme le troisième verre de rosé avant le barbecue, sans raison gastronomique mais avec une nécessité enivrante. Pascal Leclercq est un esthète de l'apéro polar burlesque. Il connaît les meilleures terrasses, l'art de marier le rosé à la morille et de tirer la quintessence de Liège : des bordels de Seraing aux distributeurs de canettes à Jupiler de l'hôpital de la Citadelle, le trajet est aussi simple que le suspense reste entier. En bon chasseur de champignongnons, je tairai ici le secret de l'auteur sur ses meilleurs coins à morilles, autant par crainte de terminer dans le même état déglingué que les comparses déjantés des mafieux Marzi et Outch, que par crainte d'avoir sur le dos la mère Marzineau. Mais où donc Pascal Leclercq va-t-il chercher son inspiration ? Promis, je lui poserai la question cet été a Rimini.


Envie d'en découvrir plus : allez jeter un oeil sur le site des éditions Coups de Tête : www.coupsdetete.com

J'ai vu (extraits)

Par Michael Lambert :: 20/05/2011 à 0:00 :: Poesie

J'ai vu la femme brillante

Cette bretelle sur sa peau blême

J'en bredouillais


***


J'ai vu derrière son pare-brise

L'homme sans visage

Pressé de rentrer son véhicule au garage


J'ai vu dans son regard

Couler ses rêves

Plus d'espoir au réservoir


***


J'ai vu Benny

Qui buvait avec le sourire

S'endormir dans ses verres


J'ai vu Benny

Le bonheur aux lèvres

Benny absent


***


J'ai vu Frank peau noire

Serrer sa fille blanche

Dans ses bras pour traverser la vie


***


J'ai vu la femme

Qui cherchait les mots

De l'homme affabulateur


J'ai vu le monde en deux langues soeurs

Froncer les sourcils

Tendre des oreilles entre les hommes


J'ai vu sa poitrine

Se soulever et m'émouvoir

Pour respirer comme je respire


J'ai vu le vengeur

Rire le monde à gorge déployée

Se retourner dans son hamac avant la sieste


***


J'ai vu New York

Ecrit dans les ombres d'un bar


J'ai vu ses rues

Dans les deux dimensions de mes désirs


J'ai vu tes seins

En silhouette fière parmi les passants


J'ai vu ses poètes

La bouche ouverte et silencieuse


J'ai vu tes regards

Et mon reflet absent dans la vitre


J'ai vu ses mots

Qui soufflaient mon étrangeté


J'ai vu tes mains

Et l'océan qui nous sépare


J'ai vu sa foule

Dans ma solitude continentale


J'ai vu New York

En voleur dans tes photos

De la peur

Par Michael Lambert :: 17/05/2011 à 18:02 :: Humeur

La peur occupe une place importante dans la vie d'un grand nombre de mes contemporains. Or il serait faux d'en conclure que la peur est la constituante principale de nos vies. La peur est ce qui nous détourne de la vie.

En particulier, la peur de la mort. La mort est une composante indissociable de la vie. En avoir peur, c'est avoir peur de vivre. C'est avoir peur des ombres, de la profondeur, de l'envers du décor qui empêche que nos vies aient l'apparence du carton pâte.

La peur de voir leur enfant mourir, c'est ce qui peut rendre la vie impossible à un parent. Ne pas le laisser faire ceci, ne pas le laisser vivre cela. Sacrifier sa vie pour assurer sa survie. Par peur. « Je n'aime pas que tu manges du sucre, j'ai peur que tu grossisses. Je n'aime pas que tu te balances sur ta chaise, j'ai peur que tu tombes. Je n'aime pas que tu joues avec tes amis dehors, j'ai peur qu'il t'arrive quelque chose. » Je n'aime pas. J'ai peur. Répété inlassablement, cela creuse des sillons. Des rides. Des vides. Et des regrets. Est-ce la mort ou la vie que ces mots empêchent ?

Avoir peur d'aimer. Avoir peur de vivre. Avoir peur de sa propre mort, c'est ce qui empêchera un être humain de se laisser surprendre par sa propre vie, de tenter l'aventure, de la vivre. Avoir peur, c'est mourir un peu. La vérité, c'est qu'on peut avoir confiance en la mort : elle sera juste et n'épargnera rien ni personne. La conclusion, c'est qu'on peut avoir confiance en la vie : elle sera juste et n'épargnera rien ni personne.

Je souhaite que la confiance occupe une part plus importante dans la vie de mes contemporains. La confiance est ce qui nous ramène à la vie. Pour peu que la mort ne me fasse plus peur est-ce que la vie me fera confiance ? Alors si la vie me fait confiance, à mon tour d'avoir confiance en la vie, de faire confiance aux êtres vivants. C'est ma voie : vivre sans peur et en confiance.

Avoir confiance, cela nécessite de s'ouvrir à soi, de s'ouvrir aux autres. Avoir confiance en soi, c'est aussi vital que pouvoir se réfugier sous un toit. Avoir confiance en l'intelligence collective, c'est alléger ses propres soucis, sa propre vie. Cela n'empêche pas les obstacles et les défis. La confiance en l'intelligence collective est une source de créativité pour les surmonter. Avoir confiance en la vie, c'est s'offrir des potentialités infinies.

« Tu me demandes ce que je pense de tes projets, des tes envies, de tes rêves ? Vas-y ! Fonce ! J'ai confiance. »

Evidence

Par Michael Lambert :: 13/05/2011 à 14:00 :: Nouvelles


J'ai toujours su que la réalité n'existe pas, qu'elle n'existe pas sous une seule et unique apparence mais qu'elle varie en fonction des individus et de la manière dont nous nous la représentons. Depuis aujourd'hui, j'en ai la preuve.

J'ai passé une nuit agitée. Le film d'horreur d'hier soir semble avoir perturbé mon sommeil. Je ne me souviens d'aucun de mes rêves, pourtant ma tête est lourde, mon esprit mal réveillé. J'étais de mauvaise humeur en me couchant car je n'avais pas osé quitter la chambre pour me rendre aux toilettes : ma peur du noir était remontée à la surface. Le héros du film pouvait apercevoir des monstres que personne ne semblait remarquer. A mon tour, j'étais persuadé de voir des formes se découper dans l'obscurité. J'ai enfoui ma tête sous les draps, j'ai eu chaud et je me suis réveillé plusieurs fois. Je suis toujours de mauvaise humeur en me levant.

Le bruit du courrier qui tombe derrière la porte d'entrée me surprend. Je descends et je ramasse les quelques lettres que j'étale sur la table de la cuisine. Elles ont toutes la même forme et les mêmes petits caractères railleurs : des factures. Quel sort subiront celles-ci : brûlées, déchirées, mangées ? Comme les précédentes, je suis dans l'obligation de les ignorer, ne pas les voir, comme si elles n'avaient jamais existé et souhaiter soudain que le facteur se soit trompé et qu'il ait déposé dans ma boîte aux lettres des liasses de billets, tout l'argent qui me fait défaut depuis si longtemps.

Erreur humaine, la simplicité de cette idée fulgurante m'éblouit. Je cligne des yeux et les liasses sont sur la table devant moi, les billets imaginés ont remplacé les lettres de créance, l'erreur miraculeuse a eu lieu.

Je palpe l'argent. Mes doigts comptent les coupures de monnaie, testent leur réalité. Mes yeux brûlent, les battements de mon cœur se sont accélérés. Une liasse dans la poche gauche, une dans la droite. Mon porte-feuilles déborde. Je remplis mes chaussettes, mon caleçon, le reste se coince sous ma ceinture.

Et je me précipite dehors, je cours à toutes jambes jusqu'à la supérette la plus proche. J'empoigne un caddy et j'entame une course folle dans les rayons. Il est hors de question que je choisisse et que je compare les prix, j'attrape au vol, j'empoigne à pleine main ce qui m'a manqué depuis si longtemps : bouteille de vin, champagne, saucisson, rosbif, canard, praline, caviar, mouchoir, parfum, rasoir, choux-fleur, melon, citron vert, gouda, cheddar, caleçon, chemise en soie, aspirateur et boîte pour chat.

Le caissier me regarde comme un animal curieux, l'air suspicieux. Je tremble d'excitation. Je dépose mes liasses sur le tapis roulant. Et le caissier éclate de rire, un rire long et aigu comme celui d'un petit singe. J'éclate avec lui, dans un concert continu, je hoquète et j'essuie les larmes dans mes yeux. Je relève la tête vers le caissier et c'est un petit chimpanzé que je découvre, qui rit, ou du moins qui crie, et qui saute derrière la caisse. Je le salue d'un geste de la main et de mon plus large sourire et je pousse mon caddy vers la sortie.

Le petit chimpanzé saute alors sur mon dos en criant, tandis que d'autres grands singes se précipitent vers moi pour m'empêcher de sortir. J'empoigne le régime de bananes qui trône sur mon amas de commissions. Un fruit dans chaque main comme des revolvers de gamins. Je tire, pan, pan ! De petites balles rondes fendent l'air à l'assaut de mes assaillants. Rafale de banane. J'éclate la tête d'un orang-outan. Panique chez les primates. Ils se précipitent soudain hors de ma portée, se dissimulent dans le feuillage d'une forêt vierge, se sauvent de liane en liane.

Je peux donc traverser les portes automatiques en toute quiétude pour me retrouver dans la rue ou ce qui en reste : une piste en pleine savane. Un troupeau de gazelles passe en courant et une colonne d'éléphants me bloque toute retraite vers chez moi. Il faut pourtant que je traverse pour ramener mes provisions dans mon antre. Je sais ce qu'il me reste à faire.

J'avise de grandes lances plantées bien droit dans le sol à intervalles réguliers. Je saisis la première à ma portée. Sa lame est affûtée. L'éléphant le plus proche s'écroule dès mon premier jet, touché en plein cœur. J'ai réveillé le chasseur en moi. Le reste du troupeau est en proie à l'affolement : certains fuient dans un rugissement, les autres restent cloués au sol, tétanisés.

Je me précipité sur le cadavre de la bête pour la dépecer. A mains nues, je la démembre, à pleine dents, je lui extirpe les entrailles. Le sang gicle, m'arrose, comme de l'eau bénite, me désaltère et me rougit les lèvres. Je m'apprête à charger un quartier de viande sur mon caddy à provisions lorsque un changement radical s'opère dans mon environnement. Aux cris de fureur et à la peur palpable des bêtes sauvages, succède un grand silence. Le ciel bas et brûlant de la savane prend de la hauteur pour devenir soudain transparent et glacial. Des éclairs bleus éclatent à l'horizon et s'approchent multiples et réguliers. La terre s'assombrit, se craquèle, surface lunaire trouée de cratères où gisent les carcasses d'un troupeau de monstres antiques.

L'attraction terrestre n'a plus prise sur moi et je bondis à la rencontre des sirènes stridentes qui foncent vers moi. Je les aperçois enfin comme en apesanteur, une armada de vaisseaux brillants qui semblent vouloir m'encercler. Une voix s'élève dans l'espace qui m'ordonne de me rendre. Jamais ! Jamais je ne rendrai mes liasses de billets. L'erreur est consommée, ils sont désormais à moi. Je flotte bien au dessus du sol, prêt à bondir pour briser l'étau des patrouilles volantes.

Il me faut une arme pour me défendre. J'arrache la capsule rouge d'une bouche d'énergie et libère un jet de radiations acides qui envahit tout l'espace. Dans la confusion qui suit, je bondis sur un scooter sidéral et m'arrache à la pesanteur pour foncer vers la voûte céleste, la seule issue à cet univers. Cependant les navettes ennemies ont repéré ma manœuvre et, pour m'empêcher de fuir, arment leurs lasers qu'elles pointent dans ma direction. Dernière sommation, une grande lueur blanche éclate et une boule de lumière se lance à ma poursuite, gagne du terrain, me brûle les ailes et m'envahit.

Il n'existe pas de blanc plus pur. Je flotte dans un espace infini. La lumière a brûlé mes yeux, il leur faut du temps pour s'habituer à ce blanc éclatant. J'ai perdu la mesure de mon corps et il me faut réapprendre à me mouvoir. Je suis une idée en mouvement. J'avance enfin marquant mon passage d'une trace noire. J'apprivoise la dimension plane de ce nouvel univers, première limite. Impossible de revenir en arrière, ce que j'ai laissé derrière moi ne s'efface pas. Je continue à tracer ma voie. Je suis un trait. Je contiens toutes mes histoires et il me semble que je peux enfin concevoir une multitude de possibles. Il me suffit de décrire lignes et courbes dans leur direction. Je suis un univers en moi. J'appréhende enfin ma matière : encre et papier.

Je suis une évidence, un trait noir qui avance sur une page blanche. Je suis une histoire qui commence. Moi seul sait comment elle finit.

Déraison d'espérer (extraits 2)

Par Michael Lambert :: 16/07/2010 à 0:00 :: Poesie

Il y a dans les champs d'herbes hautes

Une idée de l'éternité du vent

Le souffle de la terre

Un miroir tendu à mon âme voyageuse

Mes apaisements intérieurs

 

Il y a dans le chant des oiseaux nocturnes

Le soucis de la permanence du temps

Une envie d'air

L'appel à vivre mes nuits véritables

Mon écho supérieur

***

Tu joues ton âme

Tout ne tient à rien

Quand ton toi te titilles

Tu te tais étonné

Jusqu'à tes idées qui s'étirent

De tes doigts qui palpitent

Au secret qui t'habite

Et tu te tritures les tripes

Tu te répands à tort

Distorsion de tes entrailles

Qu'as-tu démontré ?

Qu'as-tu compris ?

Alors tu te remballes l'existence

Tu chantes des mots tristes

Un drôle de sourire en tête

Tu te tournes à l'extérieur

Pour contempler l'incompréhensible

D'autres toi qui se titillent

Tout qui ne tient à rien

D'autres âmes en jouet

De retour du potager

Par Michael Lambert :: 04/07/2010 à 0:00 :: Poesie

Où est mon potager

Où sont mes légumes

Où est le mystère qui pousse

Quand je tourne la tête

 

Où est le goût

Où sont les plaisirs

Où est l'essentiel qui nourrit

Au fond de nos assiettes

 

Où est l'eau

Où sont les arômes

Où est l'élixir qui irrigue

Et rend nos vies digestes

 

Où est le soleil

Où sont les terroirs

Où est l'énergie qui inspire

Quand bourgeonnent les poètes


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